Champollion :

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Nom du site : Champollion
Description : Très souvent, nous croyons connaître la vie de quelqu'un parce que nous avons retenu une phrase gravée dans le marbre immuable des manuels d'Histoire. "Champollion ? C'est celui qui a déchiffré les hiéroglyphes !" Mais encore ? Combien de temps cela lui a pris ? Lui a-t-on facilité la tâche ? S'est-il levé un beau matin en se disant : "Tiens : aujourd'hui, je vais percer la clé d'un mystère plus que millénaire !" En effet, la vie d'un homme se résume-t-elle à une phrase laconique ? Non. Un homme est bien plus que ça. Champollion possédait une dimension politique et une dimension humaine que révèlent ses lettres. Certes, percer le mystère des hiéroglyphes a été le but de sa vie, ainsi que de faire connaître la civilisation égyptienne. Partez donc à la découverte d'un homme hors du commun, à la fois par son intelligence et par son humanité profonde. Qu'il me soit permis de signaler un fait qui, à lui seul, j'en suis certain, vous donnera envie d'aller plus avant : voilà un républicain convaincu qui va se trouver pris dans la tourmente de la Terreur, puis l'épopée de l'Empire, et enfin la Restauration de la monarchie. Quel manque de chance, n'est-ce pas ?
URL : http://champollion.zeblog.com/
Rubriques : Ecriture/Hiéroglyphes, Histoire
 

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Introduction publié le mardi 31 octobre 2006

PréfacePar Ahmosis     Très souvent, nous croyons connaître la vie de quelqu'un parce que nous avons retenu une phrase gravée dans le marbre immuable des manuels d'Histoire.   "Champollion ? C'est celui qui a déchiffré les hiéroglyphes !"   Mais encore ? Combien de temps cela lui a pris ? Lui a-t-on facilité la tâche ? S'est-il levé un beau matin en se disant : "Tiens : aujourd'hui, je vais percer la clé d'un mystère plus que millénaire !"   En effet, la vie d'un homme se résume-t-elle à une phrase laconique ? Non. Un homme est bien plus que ça. Champollion possédait une dimension politique et une dimension humaine que révèlent ses lettres. Certes, percer le mystère des hiéroglyphes a été le but de sa vie, ainsi que de faire connaître la civilisation égyptienne.   Les pages qui suivent sont le condensé d'une biographie que j'ai commencée à rédiger voici quelques années, en vue de la publier, car je suis tombé sous le charme des lettres écrites par l'illustre savant français depuis les rives du Nil. Il a réussi à me communiquer sa passion à travers les siècles et je sais que d'autres ont éprouvé le même choc émotionnel. Depuis, je m'intéresse à l'Egypte et rêve d'y poser un jour le pied, et de boire (au figuré, cela s'entend) l'eau du Nil.   Partez donc à la découverte d'un homme hors du commun, à la fois par son intelligence et par son humanité profonde. Qu'il me soit permis de signaler un fait qui, à lui seul, j'en suis certain, vous donnera envie d'aller plus avant : voilà un républicain convaincu qui va se trouver pris dans la tourmente de la Terreur, puis l'épopée de l'Empire, et enfin la Restauration de la monarchie. Quel manque de chance, n'est-ce pas ? Lire la suite...

00. Les voyageurs avant l'Expé... publié le lundi 30 octobre 2006

Les voyageurs avant l'Expédition d'Egyptepar Jean-Pierre Lastrajoli ©   XVème siècle  Un bénédictin zurichois, Félix Schmid, connu sous le nom de Félix Fabri, a fait un voyage en Egypte en 1483 et nous livre ce témoignage sur les pyramides et le sphinx (Evagortium in Terram Sanctam) :  « Tout ce que je peux en comprendre, c’est la fausseté de l’opinion du vulgaire qui déclare que ces pyramides furent les magasins de à grains de Joseph, construites par lui pour y déposer le froment à engranger durant les sept années de stérilité comme le mentionne le Livre de la Génèse… Près des pyramides, nous vîmes une immense idole de pierre qui avait la forme d’une femme, et nous ne doutâmes point que ce fut un monument dédié à Isis. »   La vision du Sphinx était faussée par le sphinx d’Œdipe qui a une partie femme et une partie animale.Bernard Von Breydenbach, toujours en 1483, doyen de la cathédrale de Mayence, se fend d’un voyage en Terre Sainte et comme beaucoup à l’époque, on va voir la terre de Moïse, ainsi que celle de Joseph et ses greniers, et par-dessus tout le lieu où se réfugièrent Joseph et Marie, et que l’on dit à l’époque être au Caire. Ceci ne l’empêche pas de musarder non loin des pyramides.  « De l’autre côté du Nil, on voyait aussi beaucoup de hautes pierres qui se nomment pyramides ; les rois égyptiens les avaient fait élever au-dessus de leurs tombeaux. Le peuple les appelle greniers ou magasins de Joseph ; ils les auraient fait bâtir pour garder les blés mais c’est manifestement faux, les pyramides ne sont pas creuses à l’intérieur. Auprès de ces pyramides, la grande idole d’Isis, jadis vénérée par les Egyptiens, semble encore debout. »   Deux ans plus tard, c’est Joos Van Ghistele, échevin de Gand, qui s’en va chercher le prêtre Jean en Ethiopie. Voici ce que trace de sa plume son chapelain Ambrosius Zeebout :  « On raconte dans la région que ces édifices sont d’anciennes sépultures des rois d’Egypte, comme en témoigne Diodore de Sicile dans le deuxième livre de ses histoires, où il affirme que les rois d’Egypte avaient jadis la passion de ses faire construire de belles sépultures, qu’ils plaçaient cette occupation à part et au-dessus des autres et aussi qu’ils consacraient plus d’argent et de soins à décorer richement des sépultures qu’à orner les palais où ils habitaient de leur vivant ; ils disaient qu’une fois morts, leur corps devraient passer plus de temps dans ces tombeaux qu’il n’en avait passé de leur vivant dans les palais.A l’intérieur, ces pyramides, au lieu d’être creuses, sont pleines comme un mur ; un tout petit couloir étroit et aux nombreuses marches descend jusqu’à une petite espèce de salle voutée dans laquelle il faut pénétrer avec de la lumière, car il y fait très sombre. »   S’ensuit une descrïption de statues qui se seraient trouvées dans la pyramide, ainsi que la légende qui coure que la tête du Sphinx avait coutume de parler autrefois et de rendre des oracles.   « Cette statue a l’apparence d’un être humain jusqu’aux épaules, mais à partir de là, elle revêt la forme d’un serpent… ; la statue toute entière est sculptée dans une seule pierre. »     XVIème siècle  Pierre Belon du Mans, de la Sarthe vu son nom, était un savant de la Renaissance. Il visita l’Egypte en 1547. Voici ce que raconte sa plume :  « Il semble à voir les Pyramides que ce soyent des montagnes de démesurée grandeur. (…) La plus grande Pyramide pour être en lieu un peu plus bas que la seconde, apparaît de loin être plus petite mais de près elle se montre sans comparaison plus grande. (…) C’était le sépulcre d’un Roi d’Egypte, pour lequel la pyramide fut faite. »   Et le voilà qui enchaîne sur le Sphinx, rappelant qu’il est le « grand colosse nommé par Hérodote androsphinx... »   Enfin, il s’intéresse aux momies, en bon médecin qu’il est. « L’usage desdits corps embaumés en Egypte, c’est à dire notre Mumie, est en si grand usage en France, que le Roi François restaurateur des lettres n’allait nulle part, que les sommeliers n’en apportassent toujours (…). »   A noter qu’Ambroise Paré écrivait que ce prétendu remède « cause de grandes douleurs à l’estomac avec puanteur de bouche, grand vomissement qui est plutôt cause d’émouvoir le sang et le faire davantage sortir des vaisseaux que de l’arrêter. »   Prospero Alpini, de la Vénitie, médecin et botaniste a herborisé en Egypte, et nous livre un témoignage : « C’est la plus grande des trois que l’on rencontre d’abord en chemin. Elle est faite de blocs carrés d’une pierre dure comme le marbre et elle présente aux yeux une telle masse que plus d’un a pensé que les pierres de presque toute l’Europe ne pourraient à peine suffire comme terme de comparaison. » En grimpant sur le monument, il trouve les noms de beaucoup de personnage qui les ont gravés pour laisser un impérissable souvenir. Il porte ensuite ses regards sur le Sphinx, « fait d’un énorme monolithe. (…) Il présente un immense et très large visage, regardant vers le Caire et sculpté avec une très grande habileté. En effet, son menton, sa bouche, son nez, ses yeux, son front et ses oreilles apparaissent taillés avec une profonde connaissance de la sculpture d’art. Dans la pierre, n’apparaît aucune ouverture par où l’on puisse entrer … ».         XVIIème siècle  Le père Pacifique, capucin et missionnaire français, natif de Provins, s’en alla dans le Levant prêcher à Alep et en Perse. Le prédicateur revint et publia en 1631 une relation de son voyage qui parle brièvement de l’Egypte où il passa avant 1628. Des éléments intéressants sur Alexandrie, surtout si l’on s’est intéressé à la récente (re)découverte de la mission française alexandrine :  « Il y a dessous terre les plus belles citernes du monde, grandes comme des église, admirablement voutées, piliers sur piliers, lesquelles citernes s’emplissent d’eau par le débordement du Nil, et en font ainsi provision pour l’année. Mais à présent les canaux de la plupart étant rompus, il n’y en a que quelques unes qui se remplissent, et l’eau se tire par des bœufs, avec des roues. »   http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/1638510366439c5bba48560.jpg Pietro Della Valle, noble italien, suite à une déception amoureuse, fit un voyage en Terre Sainte de 1614 à 1626 (c’est dire s’il était déçu ! Mais l'histoire ne dit pas s'il yeut miracle à son retour). Ce brave homme a une importance non négligeable dans la découverte de Champollion. Il recueillit des textes coptes, dont 5 grammaires, lesquelles passèrent entre les mains d’un savant arabe pour atterrir sous les yeux du père jésuite Kircher qui publia une grammaire copte dont se servit Champollion à ses débuts. Mais voici ce qu’écrit Pietro Della Valle sur la pyramide de Khéops :   « Le sépulcre qui est bâti au bout de cette chambre, est situé de travers et séparé de la masse : l’on y voit aussi un grand pilier et gros extrêmement d’une seule pièce de cette pierre d’Egypte, que Belon en plusieurs endroits appelle Thébaïque, de laquelle j’ai éprouvé la dureté par les coups de marteaux que j’y donnais sans en avoir jamais pu détacher un seul éclat. (…)Au reste le sépulcre n’a point de couvercle, je ne sais s’il a été rompu, ou s’il n’en a jamais eu, parce que le Roi, à ce que dit le peuple de ce quartier ignorant et grossier, qui a fait bâtir cette Pyramide, n’y a jamais été enseveli, et que pour cela elle est ouverte : la porte même ne se trouvant plus, à la différence des autres Pyramides voisines qui sont toutes fermées. »   Il ramena dans ses bagages, entre autres choses, deux momies qui finirent au Musée de Dresde, et qui furent totalement détruites lors du bombardement effroyable de 1945. Le père Antonius Gonsales, de père espagnol, naquit à Malines, et après avoir été prêtre à Liège et Anvers, s’en alla en 1664, en Terre Sainte, visitant l’Egypte, aux alentours de 1666.Il se rendit à de nombreuses reprises à Gizeh, escaladant et explorant à de nombreuses reprises la Grande Pyramide, qu’il ne trouva pas du reste véritablement extraordinaire, si ce n’est sa taille. Il donne une idée de sa taille en signalant que : « l’archer le plus fort n’arrive pas à lancer son trait à partir du sommet au-delà des côtés, la flèche retombant toujours sur les degrés. »   Vincent de Stochove était un notable brugeois alla lui aussi visiter les lieux saints, mais fit preuve de curiosité et d’ouverture d’esprit pour l’archéologie et l’histoire ancienne. Il était initialement parti pour Rome, mais comme la peste y sévissait, il changea d’idée et opta pour le Levant, et débarqua à Damiette en 1631. Il fut impressionné par les crues du Nil « qui prend sa source dans un lac aux pieds des Monts de la Lune au paradis terrestre. » Il vit dans le Sphinx « fait d’une seule pierre », tout comme Antonius Gonsales, une « idole moitié femme, moitié taureau. » Il aurait souhaité ramener une momie, mais comme les marins français étaient plus superstitieux que leurs confrères anglais ou hollandais, puisqu’ils croyaient que les cadavres emmaillottés avaient le pouvoir de déclencher des tempêtes, il y renonça.François de La Boullaye Le-Gouz, gentilhomme angevin, partit à la recherche de livres cités par la Bible et perdus. Il parvint ainsi au Caire en 1649. Pour Alexandrie, il décrit une ville dont l’air est malsain. « L’air de cette ville est extrêmement mauvais et pestilencieux à cause de la grande quantité de citernes d’où sortent des vapeurs grossières que le soleil élève facilement à cause qu’il n’y a plus de maisons et en infecte l’air ; l’on n’y peut habiter que l’hiver, si l’on n’y veut mourir. »   http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/186763048439c5b9166695.jpg Concernant la Grande Pyramide, il nota : « Sur cette plate forme au sommet de la pyramide, soixante hommes peuvent tenir debout, distant du centre de 565 pieds qui est la hauteur de la pyramide. » Pour le Sphinx, il souligne des points dont celui-ci mérite intérêt. « Le nez me fait croire que c’était la représentation du même roi qui a fait bâtir la Grande Pyramide. (…) A mon avis, le tombeau de jaspe a été autrefois le sépulcre de quelques pharaons », ce qui ne l’empêcha pas de tempérer en signalant que vu la grande ancienneté de pyramides, « on n’en peut rien dire que par opinion. »Concernant le soi disant Puits de Joseph, il se montra peu convaincu, pensant que si le patriarche avait été l’auteur de celui-ci, Moïse n’aurait point manqué de le signaler.Cornelis de Bruyn (orthographié le Brun ou Lebrun dans les éditions françaises), natif de La Haye, après une formation de dessinateur et de peintre, entreprit un voyage dans le Levant, en 1681. Les pyramides retinrent son attention et il dessina celles de Gizeh. Après y avoir pénétré, il décrit l’intérieur.« Au bout de cette montée on vient dans la chambre dont nous venon de parler, elle est fort grande et spacieuse, vu qu’elle a 32 pieds de long, 16 de large et 19 de haut. (…) Au bout de cette chambre on voit un sépulcre vide taillé tout entier d’une seule pierre, qui lors qu’on frappe dessus rend un son comme une cloche. »Comme on peut voir, les méthodes d’exploration sont assez rudimentaires et même agressives (Pietro Della Valle teste la dureté au marteau, La Boullaye Le-Gouz tire à l’arquebuse pour chasser les mauvaises bêtes des corridors, et De Bruyn prend le sarcophage de Khéops pour un bourdon. Zahi Hawass en mangerait son chapeau !). http://img.photobucket.com/albums/v233/meritamon2/CorneilleLB16781.bmp Pour le Sphinx, de Bruyn signala la légende d’un passage entre le puits de la pyramide et le Sphinx, notant avec scepticisme : « Mais ce qui fait voir que cela n’est pas vrai, c’est que de tous ceux qui ont eu la curiosité d’y descendre, il n’y a personne qui ait trouvé un passage au fonds de ce puits, de sorte qu’on ne saurait dire avec aucune certitude, quoiqu’il en puisse être, s’il y a un conduit sous terre d’un côté ou d’autre qui mène à ce Sphinx. »Ceci ne l’empêche pas de tomber dans un travers, qui aura cours jusqu’à la découverte de Champollion, sur les hiéroglyphes : « Il semble qu’il soit plus raisonnable de croire que les Egyptiens, qui avaient accoutumé de représenter par des emblèmes et par des figures mystérieuses toute leur science, et toute la connaissance qu’ils avaient des secrets de la nature. »   La vision du Sphinx était faussée par le sphinx d’Œdipe qui a une partie femme et une partie animale. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/1724678463439c664c1c259.jpg Illustration de Jean Thenaud Anthoine Morison était né à Bar-le-Duc en 1657, et devenu chanoine, entreprit à 40 ans un élerinage vers les Lieux saints, qui passait forcément par l’Egypte. Si sa « Relation d’un voyage nouvellement fait au mont Sinaï et à Jérusalem » ne fut pas ce qu’il y avait de plus pertinent pour les passages touchant à l’Egypte, il en est un qui a l’intérêt de signaler que les couleur du Sphinx étaient bien plus que perceptibles. « Ce que j’admire le plus dans cette divinité monstrueuse était la vivacité de sa peinture et surtout du vermillion de ses joues qui semble y être appliqué depuis deux ans quoi qu’il en ait bien plus de deux mille. »Il aurait été encore plus admiratif, s’il avait su que le Sphinx datait de 2400 av. J.-C. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/234095769439c692532246.jpg Jean de Thévenot fut un voyageur d’un type nouveau. Il ne se rendit pas en Egypte avec pour but principal de marcher sur les pas de Moïse ou visiter les Lieux saints. « Le désir de voyage a toujours été fort naturl aux hommes (…) ; le grand nombre de voyageurs qui se rencontrent dans toutes les parties de la terre prouve assez la proposition que j’avance. » Celui qui fut à l’origine de la diffusion du café en France, nous livrait de façon très plaisante les motivations de son voyage : « comme en l’an 1652, je n’avais point d’affaires considérables qui dussent m’en empêcher l’effet, je résolus facilement de satisfaire ma curiosité. »Il décrivit le Sphinx et nota également qu’il ne communiquait nullement avec le puits de la Grande Pyramide. De même, avec raison, il supposa le premier que Memphis se trouvait dans les environs de Saqqara.Jean-Michel Vansleb, né à Erfurt, fut envoyé en Ethiopie, afin de conclure un accord avec les les théologiens de ce pays entre leur église et celle des protestants. En 1672, le voilà à nouveau mandé en Egypte, afin d’y acquérir des manuscrits et des médailles pour la bibliothèque de Louis XIV. Il fut chargé par Colbert de décrire les monuments qu’il y verrait. Voici ce qu’il écrivit sur la capitale thébaine :« A Luxor, on voit les restes d’un très beau temple des anciens Egyptiens, dans lequel il y a  78 colonnes d’une grosseur prodigieuse (…). Il y a devant ce temple deux aiguilles carrèes très hautes, et toutes entières ; d’un travail si frais qu’on dirait à les voir, qu’elles ne sont que de sortir des mains de l’ouvrier. (…) Il y a auprès de leurs bases deux statues de femme en marbre noir : et quoi qu’elles soient ensevelies dans la terre jusqu’à la ceinture, elles sont néanmoins au dehors de la hauteur de trois hommes. (…) Elles ont sur la tête une coiffure tout-à-fait bizarre, et une manière de globe par-dessus. Elles ont le visage gâté, tout le reste est entier. »Le Hollandais Olfert Dappert publia en 1668 et 1676 sa Decription de l’Afrique (1686 en langue française). Dans ce livre, on trouvait une carte complète de l’Afrique, assez parfaite pour l’époque (voir illustration) et un passage obligé sur les pyramides. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/377021070439c803955e21.jpg Les représentations des pyramides très effilées et du Sphinx n’étaient  pas aussi réussies, hélas. Ses déductions ne se révélèrent guère meilleures, puisqu’il pensait que, comme les sables environnaient le Sphinx (il y voyait pourtant justement la tête d’un homme et le corps d’un lion), la pierre, dans laquelle fut taillé le monument, avait été amenée d’ailleurs, ce qui aurait été un exploit plus grand que celui des pyramides, dans la mesure où « cette figure est tout d’une pièce, et la matière en est fort dure, les proportions du visage, du front, des yeux, du nez, de la bouche, du menton, (…) y sont si bien gardées, qu’il est facile de reconnaître que cette statue est d’un bon maître. »       En ce qui concerne les momies, Dappert signalait alors, ce que l’on sait fort bien à présent : « La plupart des habitants de Saqqara, qui est le village le plus proche de ces antres souterrains, gagnent leur vie à déterrer ces Mummies, parce que le pays est peu fertile, le labourage peut à peine les entretenir. »      Lire la suite...

00. Johann Ludwig BURCKHARDT, ... publié le lundi 30 octobre 2006

Johann Ludwig Burckhardt Par Ahmosis ©         Arabisant réputé et explorateur suisse, Johann Ludwig Burckhardt est né à Lausanne en 1784 et, après des études à Göttingen (où enseignera Heinrich Brugsch plus tard), ainsi qu’à Cambridge où il apprend l’arabe, il voyage pour le compte de la Société Africaine de Londres.   Il se rend en Syrie en 1809, puis en Egypte, avant de passer en Nubie, où il se fait passer pour un Syrien, sous le nom de Cheik Ibrahim, étant ainsi le pionnier de l’exploration de cette contrée. Dans le périple qui l’y amène, il va se produire un événement qui aura de l’importance pour l’égyptologie.       Tandis qu’il remonte le Nil, au sud d’Assouan, dans la contrée que les pharaons nommaient pays de Koush, il remarque une pierre importante, en pied de falaise, où s’est accumulé le sable porté par les vents du désert, de puis le plateau qui surplombe le site ; cette pierre émerge des sables et l’intrigue, car à la lunette elle lui paraît sculptée. Il aborde et s’en approche, pour s’apercevoir, après examen, qu’il s’agit d’une tête colossale.   "Une physionomie jeune, expressive, plus proche des canons de la beauté grecque qu’aucune autre représentation égyptienne que je connaisse." Il a en face de lui le visage de Ramsès II, dont Champollion le jeune admira les colosses moins imposants à Rome et à Memphis. "Si l’on pouvait dégager le sable, on trouverait un grand temple." Le Suisse a le nez creux sur ce coup-là, mais il est plus voyageur-aventurier qu’archéologue.     Petra   En 1813, il est l’un des premiers européens à visiter les villes saintes de l’Arabie. A son retour en Egypte, il parle à Bankes de sa découverte près d’Assouan. Ce dernier la visite à son tour, puis ce sera au tour de Drovetti, (le fameux consul de France lors de l’expédition franco-toscane).     Drovetti y engage des Barabras (tribu nubienne occupant les environs d’Assouan), pour dégager le temple des sables. Un vieillard leur prédisant le malheur pour le village, si le sanctuaire était profané, les ouvriers ne travaillent pas et rendent son argent, dont ils ignorent du reste la valeur, au consul alors destitué qui rentre profondément déçu de son expédition.     Abou Simbel par Roberts   Burckhardt a signalé l'emplacement d'Abou Simbel à Belzoni qui visitera de façon plus utile le célèbre site.  Quant à Burckhardt, dont les journaux seront publiés entre 1819 et 1830, tandis qu’il prépare une expédition pour le Fezzan (province du sud-ouest de la Libye, entièrement saharienne), il meurt au Caire en 1817.         Bibliographie sur BNF au format PDF :     TRAVELS IN NUBIA TRAVELS IN SYRIA AND THE HOLY LAND       Lire la suite...

00. BELZONI, l'aventurier de P... publié le lundi 30 octobre 2006

Giambattista BELZONI, l’aventurier de Padoue Par Ahmosis ©         En juillet 1817, d’après les indications qu’a données  Burckhardt, Giambattista Belzoni parvient à Abou Simbel, avec l’idée de dégager le temple des sables, mais il risque fort de se heurter au même problème que Drovetti.     Qui est ce Belzoni qui, il y a deux ans à peine, ne connaissait pas l’Egypte ? C’est une drôle d’histoire qui commence à Padoue en 1778, puisqu’il y voit le jour, dans une famille peu aisée. Néanmoins, il peut se rendre à Rome à l’âge de 16 ans, il y suit des études d’hydraulicien, tout en s’intéressant à l’archéologie.       Pendant 16 années, il parcourt l’Europe où, pour gagner sa vie, il exerce les métiers les plus divers, dont celui d’hercule de foire, le Samson patagon. Car il est doté d’une force et d’une taille exceptionnelle qui le fera surnommer le Titan de Padoue. Il se produit avec les artistes des foires dans la péninsule ibérique, où une envie de nouveaux horizons le saisit.   Accompagné de son épouse Sarah, il s’embarque en 1814 pour Malte. Les crues du Nil lui ont donné une idée. En juin 1815, il se rend de Malte en Egypte, avec l’idée de vendre à Méhémet Ali une machine hydraulique de son invention, destinée à améliorer le système d’irrigation. Ce projet ne reçoit pas d’écho favorable, dans la salle d’audience du Pacha, et il se retrouve sans argent et sans but. A Alexandrie, il est blessé par un soldat turc, au cours d’une altercation.         Fréquentant Burckhardt, Drovetti et Salt, ce dernier engage le Titan de Padoue pour effectuer des fouilles pour son compte, ayant décelé le tempérament nécessaire chez Belzoni pour mener à bien de telles recherches dans un pays où la force physique et l’esprit d’entreprise sont indispensables.   Le consul anglais lui demande s’il se sent capable de ramener de Thèbes à Alexandrie le buste du jeune Memnon, dont Burckhardt a parlé. Belzoni accepte cette mission, que d’autres ont refusée, la jugeant impossible à mener. Il s’agit du haut d’un colosse, dont la partie inférieure est toujours à Thèbes. "Je dois dire que sa beauté, sinon sa taille dépassait mon attente."         Pour obtenir l’autorisation de procéder à des fouilles, Belzoni se rend chez le cachef d’Ermant, deux jours plus tard et, pour embaucher de la main-d’œuvre, cherche à obtenir l’aval du caïmacan de Gournah qui restera évasif. Passant outre, il demande au cachef cette autorisation et l’obtient. Une course contre la montre va se jouer, devant la montée future des eaux du Nil en crue.   Le 27 juillet 1816, il fait fabriquer par le charpentier une plate-forme en bois, à partir de poutres carrées. Il fait lever le buste, à l’aide de quatre leviers, et demande à le placer sur le fardier confectionné par le charpentier. La sculpture est soulevée et un premier rouleau est glissé sous le fardier ; trois autres rouleaux suivront.         A l’aide de cordages, les vingt ouvriers tirent à présent le buste. Le soir, il constate qu’ils ont progressé de quelques mètres. Le lendemain, il doit briser les socles de deux colonnes pour permettre le passage du fardier et ainsi progresser qu’une quarantaine de mètres ; à la fin de la journée, il a un malaise causé par la fatigue et la chaleur.   Le 29 juillet, trouvant du terrain sablonneux, où le pesant fardeau s’enfonce, il doit faire un détour de près de deux cents mètres. S’il arrive à proximité du Nil, le 6 août au soir, le matin aucun ouvrier ne se présente pour mettre le buste en un endroit qu’il a repéré et où il serait à l’abri de la crue qui se poursuit.       Il apprend que le caïmacan a donné l’ordre aux ouvriers de ne pas l’aider dans sa tâche. Belzoni soupçonne Drovetti d’être à l’origine de ce coup, car il faut se rappeler que Salt, Drovetti et d’Anastazy, le consul de Suède (voir les papyrus Anastasi), se livrent une guerre sans merci pour le commerce des antiquités.   Le cachef débloque à nouveau la situation et le 12 août le buste de Memnon est hors d’eau. Le bateau suffisamment large pour le transport parvient en novembre et la partie du colosse parvient au Caire, avant de finir sa course au British Museum, où on lui attribuera le vrai nom du pharaon qu’il représente : Ramsès II.       Si le géant de Padoue a su montrer sa capacité à résoudre les problèmes sur le terrain, chacun restera songeur devant l’exploit réalisé par les anciens ouvriers Egyptiens qui mirent en place cette statue, alors entière. Drôle de destin que celui de ce colosse dont la partie inférieure trône à Thèbes, tandis que le partie supérieure est exposée à Londres.   Au cours de cette même année 1816, il visite le temple d'Abou Simbel, qu’il désensable partiellement, tandis qu’il a abandonné le buste du jeune Memnon sur les bords du Nil en crue et qu’il attend qu’on lui trouve un bateau adapté au transport.       Le cachef de Ballana suppose que si cet Européen de donne autant de mal pour enlever le sable, c’est qu’il a la certitude d’y trouver un trésor. Il donne son accord pour embaucher autant de monde qu’il le souhaite, en échange de la moitié des trésors qui seront dégagés. La première difficulté à vaincre est de faire comprendre l’usage de la monnaie à des personnes qui ne connaissent que le troc, comme c’est le cas dans cette région d’Egypte, ainsi que Drovetti a pu en faire l’amère expérience.   Il envoie donc un des habitants de ce lieu, muni d’une pièce, vers son bateau et lui suggère de demander une denrée qu’on lui donne pour ce que la pièce vaut. Intégrant la valeur d’échange de la pièce, les ouvriers acceptent de démarrer les travaux, mais les outils rudimentaires, empêchant une progression rapide du chantier, il doit abandonner et retourner à son buste, avec l’issue que l’on sait.     Abou Simbel, dessin de Belzoni   Belzoni se transforme dès lors en chasseur d’antiquités, agissant pour le compte de Salt. Il va sympathiser, par exemple, avec des brigands, afin qu’ils lui montrent les momies qu’ils vendaient ; il s’empare donc des papyrus qu’on a jadis placé dans les sarcophages et les bandelettes.   Salt lui demande de réussir là où Drovetti a échoué et de retourner à Abou Simbel. Le consul de France a beau envoyer des menaces de mort au padouan, par l’intermédiaire de ses sbires, ce dernier, accompagné du secrétaire de Salt et de deux capitaines de la Royal Navy, revient le 4 juillet 1817 sur le lieu de son demi-échec ; le voici de retour, deux ans après, et il foule les rives proches du temple que pressentait Burckhardt.       L’aventurier italien obtient difficilement les autorisations nécessaires pour embaucher de la main-d’œuvre ; le cachef a visiblement été contacté par l’ennemi intime de Salt. Enfin, une semaine après son arrivée, les travaux débutent et les ouvriers travaillent avec une lenteur désespérante.   Le 16 débute le ramadan et, par conséquent, le chantier est déserté ; les Barabras absents, le géant de Padoue décide d’avancer avec les hommes d’équipage, les deux capitaines ainsi que le secrétaire, et constate que le désensablage avance bien plus vite de cette manière.       A la fin du mois, la partie supérieure de la porte est visible, au point que Belzoni peut ramper dans le temple ; cependant une chaleur estimée à 55°C fait retourner les intrus à l’extérieur. Un mur de pierres, assemblées avec de la boue, comme cela se pratique en méditerranée occidentale, est monté afin d’empêcher que le sable, en cas d’effondrement soudain, ne bouche l’entrée, piégeant des visiteurs condamnés au trépas.   Après vingt-deux journées d’un labeur intense, par une chaleur à peine supportable, tout le sable est enlevé et les quatre plus grands colosses des temps pharaoniques s’offrent au regard des voyageurs. Une fois la porte du temple franchie, le titan de Padoue et ses compagnons passent dans des salles taillées dans le roc.     Abou Simbel par Roberts   "Il s’agissait en fait d’un temple des plus magnifiques, embelli par de splendides reliefs, de superbes peintures, des figures colossales." Voulant reproduire les bas-reliefs, il doit renoncer car "la chaleur était telle qu’elle ne nous permettait guère de dessiner, la transpiration de nos mains imbibant rapidement le papier." Il choisit de laisser ce soin aux voyageurs à venir, qui seront plus à leur aise lorsque la température sera retombée de quelques degrés, grâce au désensablage. Le 4 août, l’expédition revient, sans ramener de butin.       Belzoni ne reste pas longtemps inactif. Sans doute émoustillé par ces découvertes, une passion naît en lui pour les fouilles, même si ses méthodes sont discutables. Il s’arrête aussi à Thèbes, et choisit un site qui surprend les ouvriers chargés de creuser : le lit d’un torrent en cas de fortes pluies. Dès le lendemain, une ouverture est visible et il est convaincu, à juste titre, d’avoir mis au jour une des tombes royales qu’évoquait Hérodote et Strabon.     Géographie de Strabon   Quand il emprunte le corridor, sa torche éclaire, pour la première fois depuis des millénaires, des peintures et des bas-reliefs qui l’émerveillent et lui confirment que son intuition était bonne. Il descend quelques marches, passe un nouveau corridor sublimement décoré, lui aussi, et se trouve face à un puits de neuf mètres de profondeur. A quatre mètres du géant de Padoue, il y a une ouverture, de l’autre côté du puits.   Belzoni doit retourner, afin de chercher l’équipement adéquat, et, le lendemain, il revient avec des troncs d’arbres, il franchit le vide et parvient à une salle qui donne sur une chambre. Remarquant dans la salle aux quatre paliers un escalier que les voleurs avaient découvert, il l’emprunte et avance dans un corridor aux parois plus richement décorées que les précédents, puis dans un nouvel escalier et enfin parvient à une pièce superbement illuminée de scènes d’offrandes.       En passant dans la salle suivante aux six paliers, il aboutit dans une dernière pièce ; une chambre semble avoir été taillée de manière hâtive, comme si le travail n’avait pu être achevé et le titan de Padoue en déduit que cette pièce n’a été qu’ébauchée. Dans une partie qu’il nomme salle d’Apis, il trouve les restes de taureaux embaumés et un sarcophage. Hélas pour lui, les voleurs étaient déjà passé par là.   "Ce tombeau magnifique, ayant neuf pieds cinq pouces de long sur trois pieds sept pouces de large, est fait du plus bel albâtre oriental : n’ayant que deux pouces d’épaisseur, il devient transparent quand on place une lumière derrière une des parois ; en dedans et en dehors, il est couvert de sculptures ;… Jamais l’Europe n’a reçu de l’Egypte un morceau antique de la magnificence de celui-ci. Malheureusement le couvercle manquait."         En inspectant les dalles, il aperçoit un escalier qui mène à un passage souterrain où il rampe durant près de cent mètres, avant d’être arrêté par l’obstruction du passage. Belzoni revient en arrière et, dans les jours qui suivent, recopie les fresques qui ornent la tombe, ainsi qu’il dessine le plan de celle-ci, et reçoit la visite d’un responsable local qui espère partager un trésor dont la rumeur s’est faite l’écho. Le représentant de Méhémet Ali finit par repartir, après s’être convaincu qu’il n’y avait rien à gratter. Salt vient voir la fameuse tombe de Séthi 1er et le géant italien en repart en février 1818. Fidèle à ses habitudes, il ne reste pas inactif longtemps, car le consul anglais, qui n’a qu’à se louer de ses services, lui permet d’ouvrir un chantier à Gizeh, sur la seconde pyramide qu’Hérodote attribuait à Khephren. Le 2 mars, il repère l’entrée principale, après avoir renoncé à emprunter la galerie que des voleurs ont creusée, mais qu’il juge trop périlleuse. Il parvient enfin dans la chambre funéraire, mais le sarcophage contient des os de bœuf ; un terrassier et un maçon, si l’on en croit les graffitis sur les murs, ont commis ce forfait.       En 1819, il visite Médinet el-Fayoum et l’oasis de Bahariyah, après avoir atteint, à la fin de l’année précédente, la Mer Rouge et Bérénice. En mai, il revient à la tombe de Séthi 1er, avec un médecin de Sienne, doté d’un excellent coup de crayon, Alessandro Ricci. Celui-ci l’aidera à reproduire les bas-reliefs et Belzoni escompte, à partir des moulages qu’il en fait, faire une reconstitution grandeur nature du tombeau. Il ignore que sa découverte du tombeau de Séthi 1er est incomplète, car il a fallu attendre 1986 pour que l’on trouve la véritable salle funéraire du roi, le sarcophage trouvé par le padouan n’appartenant qu’à un proche du pharaon.       En 1820, il publie le récit de ses voyages et découvertes, qu’il n’hésite pas souvent à rendre plus attrayant par des effets de style et des nuées de momies. L’année suivante, il présente une exposition sur sa découverte de la tombe royale où sont visibles certains des moulages effectués, ainsi que le sarcophage qui sera acheté plus tard par le Soane Museum. En 1822, on raconte que la péniche amenant la reconstitution de la tombe de Séthi 1er à Paris passe sous les fenêtres du lieu où Jean-François Champollion lit sa fameuse lettre à M. Dacier. Le déchiffreur va d'ailleurs rencontrer Belzoni et l'aider à rédiger sa notice, de façon anonyme, en raison des mauvaises relations de Bankes et du Dauphinois.Au mois d’avril 1823, l'aventurier padouan projette une expédition des plus audacieuses. Il débarque au Maroc, d’où il rejoint le Sahara avec le but de découvrir Tombouctou et la source du Niger. Il meurt à Gwato, dans l’actuel Nigeria, en décembre 1823.         Il reste célèbre par ses découvertes et par la mise au jour du temple d’Abou Simbel, même si, le plus souvent, les méthodes qu’il utilisait afin d’avancer étaient discutables, comme l’emploi de l’explosif. Mais il était d’une époque où seuls les aventuriers allaient en Egypte, et où l’archéologie n’avait pas encore défini les méthodes et les buts qu’on lui connaît à présent.       Bibliographie sur le web :     Voyages en Égypte et en Nubie, Tome 1, PDF Voyages en Égypte et en Nubie, Tome 2, PDF Narrative of the operations and recent discoveries, PDF       Lire la suite...

01. Treize siècles de ténèbres publié le lundi 30 octobre 2006

1 - Treize siècles de ténèbrespar Jean-Pierre Lastrajoli © L’île de Philae qui s’offrira aux regards des voyageurs pendant 1300 ans, entre le cinquième siècle de notre ère et la fin du XVIIIème, conservera une grande beauté et un profond mystère. Les colonnes et les murs étaient couverts de couleurs et les trois arts majeurs de l’Egypte (architecture, sculpture et peinture) se conjuguaient en un seul. Malgré l’âge relativement récent de l’ensemble, les architectes et les artistes n’en étaient pas moins les héritiers d’un savoir millénaire et la destination religieuse des constructions fut l’un des facteurs qui présidèrent à son homogénéité avec les temples plus anciens. Les empereurs romains avaient continué à faire élever des temples, en partie pour remplacer les monuments en ruines, ainsi que l’avaient fait tous les Lagides. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/175240948543a464224d9f5.jpgPhilae (Roberts) Sur la fin de l’empire, en pleine décadence, une religion émergeait, issue  elle-aussi du Moyen-Orient. Les Chrétiens, après s’être cachés, n’hésitaient plus à se montrer, tandis que les anciens dieux de l’Egypte, sans un souverain garant de l’ordre contre le chaos, tombaient progressivement dans l’oubli, ainsi que tous les savoirs antiques. Seuls quelques prêtres d’Isis, à Philae, conservaient une partie de ceux-ci, parmi lesquels la connaissance des hiéroglyphes, dont les derniers y furent gravés en 394 de notre ère.Des immigrants grecs et romains s’étaient installés sur la terre des pharaons, mais ignorant totalement l’écriture hiéroglyphique ; comme la plupart des Egyptiens (Aigouptos en grec, qui deviendra avec le temps copte) qui parlaient l’ancienne langue ne savaient pas l’écrire, les nouveaux venus se servirent de l’alphabet grec, additionné de sept signes empruntés à l’écriture démotique pour les sonorités étrangères au grec afin de transcrire la langue millénaire. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/80829388043a46574176d2.jpg L’alphabet copte était né. La langue copte survivrait aux invasions Arabes, car adoptée par l’église pour servir la messe. La religion chrétienne allait donc permettre, sans le vouloir, d’exhumer une langue qu’elle avait contribué à faire disparaître. En effet, des convertis, victimes de zélotisme, ne pouvant supporter la présence d’un culte impie, envahirent l’île de Philae, tuant ou chassant les prêtres, endommageant certains vestiges, et transformant le reste en lieux de culte chrétiens. C’en était fait : désormais, le savoir des hiéroglyphes tomberait dans un oubli regrettable et, pendant près de treize siècles, tous les monuments encore visibles de l’Egypte n’offriraient qu’un aspect décoratif, ou nourriraient les plus folles hypothèses sur des mystères que cette écriture inconnue pourrait révéler, des pouvoirs qu’elle permettrait d’acquérir et toutes les fadaises qui circulent généralement autour de tout ce qui n’est pas encore expliqué.Si, pour le voyageur qui parvenait à admirer ce qui restait de l’Egypte des pharaons, l’ancienneté des vestiges ne faisait aucun doute, leur seule datation se faisait en fonction de la Bible et des épisodes de Joseph et Moïse. L’origine du monde, d’après l’addition de l’âge des patriarches, dépassant de peu 4000 ans avant notre ère, toute la perception que l’on eut jusqu’à la fin du XIXème siècle de l’Egypte fut grandement faussée par des considérations religieuses.    Manéthon, pourtant un prêtre égyptien, au IIIème siècle de notre ère écrivit son histoire de l’Egypte en grec. Horapollon, un autre prêtre, écrivit en copte Hieroglyphica, où il donnait une liste des hiéroglyphes et leur interprétation unique qui, selon lui, était symbolique ou ornementale.Largement diffusé à partir de 1419, date à laquelle Critoforo Bundelmonti ramène d’Andros une copie du manuscrit, tous les savants allaient buter, dans les siècles à venir, sur cet ouvrage qui démontrait principalement que l’écriture ancienne était déjà inconnue parmi les savants égyptiens, à une époque où les pharaons avaient disparu depuis moins de trois siècles.   Hérodote qui avait visité la terre des pharaons pendant l’occupation perse en 450 avant notre ère, nous donna des éléments d’appréciation sur cette civilisation, dont certains étaient inexacts. Voilà le matériel avec lequel devraient œuvrer les siècles à venir et l’on peut comprendre que, vu l’éloignement géographique et l’occupation musulmane, le monde chrétien n’ait pas pu s’intéresser pleinement à ce problème.     http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/26999734543a46f2085691.jpg Diodore de Sicile , dans son Histoire Universelle, à propos des lois et des mœurs des habitants des Deux-Terres, affirmait : « Elles n’ont pas été révérées des Egyptiens seuls. Les Grecs mêmes les ont admirées ; de sorte que les plus habiles d’entr’eux se sont fait honneur de venir jusqu’en Egypte pour y apprendre les maximes et les coutumes de cette fameuse nation. »Il ajoutait même : «  Les Egyptiens disent que l’Ecriture et l’Astronomie ont pris naissance chez eux. Ils ont proposé les premiers problèmes de Géométrie et ont inventé la plupart des arts. Ils prouvent que leurs lois sont excellentes, parce qu’ils comptent plus de quatre mille sept cents ans où l’Egypte a été gouvernée par des Rois presque tous nés chez eux ; et qui ont rendu ce Royaume le plus heureux qui fut au Monde : ce qui ne serait pas arrivé si les Rois et les sujets n’avaient pas suivi des lois très parfaites.»   Pourtant, les siècles à venir, ignorant la relation de cette historien, affirmera exactement le contraire. Les pharaons ne pouvaient être que des tyrans, puisqu’ils avaient asservi le peuple d’Israël, et les Deux-Terres avaient le rôle du méchant dans la distribution. Les pyramides étaient les greniers où Joseph, où le fils de Jacob avait entreposé une partie des récoltes, en prévision des années de disette que connaîtrait l’Egypte, selon Ogier VIII, seigneur d’Anglure en Champagne, en pèlerinage vers les Lieux Saints, qui put les contempler en novembre 1395.    En 1626, Pietro della Valle, au retour d’un voyage en Orient, rapporte dans ses malles deux lexiques copte-arabe et cinq grammaires. Passionné par les inscrïptions des obélisques, trophées des empereurs romains, un jésuite allemand, Athanase Khircher, auteur d'une théorie sur la couleur , et titulaire de la chaire de mathématiques au Collège romain, réussit à se faire confier les manuscrits de Pietro della Valle. En 1636, il suppose, avec justesse, une parenté entre le copte et l’égyptien ancien. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/35118458243a4710e68235.jpgKircher Avant 1643, le Khircher écrit : « Les hiéroglyphes sont bien une écriture, mais non l’écriture composée de lettres, mots, noms et parties du discours déterminées dont nous usons en général : ils sont une écriture beaucoup plus excellente, plus sublime et plus proche des abstractions qui, par tel enchaînement ingénieux des symboles, ou son équivalent, propose d’un seul coup à l’intelligence du sage un raisonnement complexe, des notions élevées ou quelque mystère insigne caché dans le sein de la nature ou de la divinité. »« Le jésuite Kircher… abusa de la bonne foi de ses contemporains, en publiant, sous le titre d'Oedipus Aegyptiacus, de prétendues traductions des légendes hiéroglyphiques sculptées sur les obélisques de Rome », constate Champollion, en critiquant l'attitude de Kircher qui va se fourvoyer dans une voie, avec une admirable constance et un singulier aveuglement, donnant des interprétations où il se couvrit de ridicule. Jamais il ne démontrera ses affirmations et abordera la traduction des hiéroglyphes en commençant là où il aurait dû finir. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/143174828843a4720024c6f.jpg Champollion le jeune regrettera que la mauvaise foi du jésuite ait répandu le mythe de hiéroglyphes compris par les seuls initiés à la religion égyptienne, et que ces textes masquaient des sujets cachés et mystérieux, dont l'entendement était réservé à une caste de privilégiés. La nature purement idéographique (un signe correspond à une idée) de cette écriture semblera, depuis l'Oedipus Aegyptiacus, ne souffrir aucune contestation et la connaissance de la langue parlée, qui seule peut permettre de progresser dans la connaissance des hiéroglyphes, est négligée de façon fort dommageable.En 1644, Kircher publie Lingua aegyptiaca restituta qui est la traduction de manuscrits arabes recueillis par Pietro della Valle, et contient des grammaires de langue copte. Champollion écrira par la suite : « Dans cet ouvrage, qui, malgré ses innombrables imperfections, a beaucoup contribué à répandre l'étude de la langue copte, Kircher ne put se défaire de son charlatanisme habituel : … il osa introduire dans ce lexique, et donner comme coptes, plusieurs mots dont il avait besoin pour appuyer ses explications imaginaires. » http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/6627880543a472ac2371a.jpgLeibniz Leibniz, le philosophe, mathématicien et théologien allemand qui qualifiait l’Egypte  de centre de gravité des trois continents, affirme que les obélisques sont des textes historiques, commémorant des évènements et des victoires, théorie beaucoup plus sage que celle de Khircher, donc moins remarquée. Newton sera moins rationnel et l’on préférera oublier son étude, par respect pour ses autres travaux. (cliquer sur : PROJET DE CONQUETE DE l'EGYPTE ). Bossuet, en 1681, dans son Discours sur l’Histoire Universelle, affirme que l’Egypte n’avait pas encore vu de grands édifices autre que la tour de Babel, quand elle conçut les pyramides. (Elles furent bâties entre 2589 et 2504 avant notre ère, tandis que Babylone fut fondée aux environs de 1900 avant notre ère. La lecture de la Bible aura la peau dure jusqu’au vingtième siècle, et encore).La raison d’un aussi faible nombre de témoignages, en près de dix siècles est que l’on se déplace rarement par agrément, à de rares exception près, comme le Vénitien anonyme, et que les voyages sont longs et périlleux en Méditerranée, du fait des barbaresques.Ensuite, les Mamelouks ne sont pas des plus engageants, et tenter de lever des plans des divers monuments antiques, même en compagnie de janissaires, est souvent assimilé à de l’espionnage. C’est pourquoi, il faut se contenter, le plus souvent de témoignages écrits de pèlerins ou de membre du clergé catholique. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/163395258243a478eee5fe8.jpg En mai 1718, le père jésuite Claude Sicard, natif d’Aubagne, alors qu’il visite les coptes, est l'un des premiers européens à parvenir à Thèbes. Erudit, s’appuyant sur les écrits de Strabon, Diodore, Pline et Hérodote, après une étude approfondie des ruines de ce temple, il est convaincu qu’il s’agit du Memnonium dont fait mention Strabon.Il pense, avec raison, que les vestiges, qu’il trouve non loin de là, sont ceux d’Abydos. Il localise de même Edfou et Dendéra. Le jésuite fera un compte rendu sur la nécropole thébaine, où il dépeint son étonnement devant la profondeur des sépultures creusées dans la roche. Il est persuadé que les hiéroglyphes nous explique l’histoire des souverains. Dans le même registre rationnel, l’évêque de Gloucester, William Warburton, en 1744, repousse l’idée d’une écriture inventée par les prêtres égyptiens afin de cacher leur savoir mystérieux au commun des mortels. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/86749900043a47c6a0955c.jpg En 1761, l’abbé Barthélemy aura écrit un ouvrage plus intéressant, où il affirme que les inscrïptions contenues dans les encadrements ovales, que nos égyptologues nomment cartouches, ne sont ni plus ni moins que le nom d’un pharaon. Cette hypothèse est très intéressante, mais un texte multilingue serait nécessaire pour la conforter. Il faudra encore attendre trente sept ans pour l’obtenir. L’abbé Jean-Jacques Barthélemy n’était pas n’importe qui : garde du cabinet du Roi, en 1754, il a proposé une méthode pour déchiffrer les textes phéniciens et palmyriens (Palmyre : la Syrie antique de la reine Zénobie). Cette méthode sert toujours, comme celle qu’il introduisit au cabinet royal des Médailles et qui est toujours d’actualité chez les numismates. Arrêté en 1793, il fut relâché immédiatement et mourut à Paris deux ans plus tard, quatre ans avant la découverte du fameux texte multilingue.En 1785, un professeur de syriaque au Collège de France, Charles Joseph de Guignes, qui par ailleurs est sinologue, avance l’hypothèse d’une origine égyptienne du chinois. Il déduit de ses recherches que les anciens Egyptiens éludaient certaines voyelles et que les trois systèmes, hiéroglyphique, hiératique et démotique, ne sont la forme d’écriture que d’une seule langue. Il n’est pas le premier à avoir cru à une filiation en les deux écritures : le père Du Jarric, en 1610, puis l’infatigable Kircher, ont déjà abondé dans ce sens, tandis que Leibniz ne parvenait pas à voir le moindre élément permettant de supposer qu’il y ait la moindre correspondance entre deux systèmes d’écritures, car l’égyptien reposait apparemment sur l’allégorie, tandis que le chinois paraissait bâti sur des considérations plus intellectuelles. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/187330301743a47d50581f4.jpgVolney De son véritable nom Constantin-François de Chassebeuf, un auteur de trente ans choisit de rendre hommage à Voltaire, qui s’était retiré à Ferney, en prenant le nom de Volney. Tout imprégné de l’esprit du siècles des lumières, Volney est horrifié devant l’ampleur des monuments qui soulignent autant « le génie d’un peuple opulent et ami des arts, que la servitude d’une nation tourmentée par le caprice de ses maîtres. » Même de nos jours, l’idée qu’il a fallu des esclaves pour bâtir de telles merveilles ne peut être extirpée de l’inconscient collectif, dont Hollywood s’est fait l’écho.Volney publiera en 1787 ce passage, dont tous les Occidentaux qui voudront se rendre maître de l’Egypte auraient dû tenir compte. « Le caractère des deux nations, opposé en tout, deviendra antipathique. Nos soldats scandaliseront par leur insolence envers les femmes ; cet article seul aura les suites les plus graves. Nos officiers même porteront avec eux ce ton léger, exclusif, méprisant qui nous rend insupportables aux étrangers et ils aliéneront tous les cœurs. » http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/115421026243b42c1b22f8d.jpg Même si les armées républicaines n’auront pas la même attitude hautaine, le choc des cultures sera une des principales causes du rejet des Français et de leur armée, lors de l’expédition d’Egypte.Le jeune Bonaparte, encore une fois, en fait l’un de ses livres préférés. Il apprécie tellement Volney qu’il lui proposera de l’associer eu Consulat, puis sous l’Empire d’en faire le Ministre de l’intérieur, mais l’érudit refusera par deux fois, puis siégeant au Sénat, il s’opposera à Napoléon, et enfin, sous la Restauration, à la Chambre des pairs, il continuera d’afficher ses idéaux républicains. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/131796004943a481682bc12.jpg Le danois Jörgen Zoëga, en 1797, déduit de son impressionnante collection de documents et objets égyptiens, que l’écriture égyptienne ancienne comporte des éléments phonétiques. L’étape décisive approche.       Lire la suite...

02. La Campagne d'Egypte publié le lundi 30 octobre 2006

2 - La campagne d’Egyptepar Jean-Pierre Lastrajoli © http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/176077202543b3da5c52323.jpg Bonaparte, âgé de 29 ans, revient d’Italie tout auréolé de gloire (il sera élu membre de l’Institut, dans la section mathématiques) et, ainsi alimenté dans ses ambitions, il songe à ses deux modèles, Alexandre le Grand et Jules César : l’un et l’autre ont dominé l’Egypte.   Alexandre, après avoir fondé Alexandrie, a même poussé jusqu’en Inde,  - cette Inde que détiennent actuellement les Anglais et que, dans son rêve d’un immense Empire, encore plus vaste que celui de ses prédécesseurs, l’ancien élève de Brienne et de l’école militaire de Paris songe à conquérir sans doute - . http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/124090906243a481ec8d195.jpg Mais, pour permettre à la France de jouer un rôle de grande puissance, il lui faut asseoir sa domination en Méditerranée, et quoi de plus glorieux que de marcher sur les traces des deux grands conquérants, au prétexte de libérer un peuple subissant le joug des beys.Après le traité de Campoformio, en 1797, entre la France et l’Autriche, seule l’Angleterre est en guerre déclarée contre le pays régicide. Bonaparte, sur les conseils de Talleyrand , propose de transposer le terrain de l’affrontement en Orient, afin de leur couper la route des Indes.Les cinq Directeurs, malgré le danger qui menace la France à ses frontières, car une simple rupture du traité pourrait faire revenir l’Autriche dans le combat, demande au jeune général, trop populaire à leurs yeux, d’aller délivrer le peuple d’Egypte de la tyrannie des Mamelouks.   Mais, là où le futur Napoléon se distingue des autres grands conquérants, c’est qu’il a décidé de ne pas y aller avec sa seule armée de 38.000 hommes, embarqués à bord de 328 navires. Il est accompagné des généraux, Desaix, Kléber et Lannes. Le jeune Bonaparte a baigné dans l’esprit du siècle des lumières, d’où la science et l’art étaient deux piliers, et si des philosophes, lors de cette campagne ne lui sont guère utiles sur le terrain, 500 civils, parmi lesquels 167 savants et experts (17 ingénieurs civils, des ingénieurs des mines, 21 mathématiciens, 3 astronomes, 13 naturalistes, 4 architectes, 10 hommes de lettres, 22 imprimeurs, etc.) et 8 dessinateurs ne l’accompagnent pas moins pour conquérir et aussi pour déchiffrer la terre des pharaons. Gaspard Monge Bonaparte la qualifie de berceau de la science et des arts de toute l’humanité. L’un des projets sera défini par Gaspard Monge dans une lettre à Bonaparte, ce nouveau Jason « qui va porter le flambeau de la raison dans un pays où depuis bien longtemps sa lumière ne parvient plus, qui va étendre le domaine de la philosophie et porter plus loin la gloire nationale. »Le ministère multiplie les fausses annonces d’un départ pour l’Angleterre, projet qui a été sérieusement étudié par Bonaparte, mais auquel il a fini par renoncer. « On sait de quel profond mystère furent enveloppés les préparatifs de l’expédition d’Egypte. Le but en resta longtemps ignoré de ceux mêmes qui tenaient les premiers rangs dans l’armée et la commission des sciences. », affirmera Isidore, le fils d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire .   http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/55415926743a4828f385cc.jpgDesaix Embarquée en grande partie à Toulon, le 19 mai 1798 au matin, rejointe par les convois venant d’autres ports de Marseille à Cività-Vecchia, formant une ville flottante de plus de trois cents navires, l’expédition met en contact les savants avec la pénible vie des militaires à bord.Geoffroy Saint-Hilaire va pouvoir s’intéresser à l’anatomie d’un requin, pris le vingtième jour de la navigation, et se procure les deux pilotes qui l’accompagnent, ce qui le conduira, neuf ans plus tard, à publier un mémoire sur l’affection mutuelle de certains animaux.La rumeur persistante d’une escadre anglaise, lancée aux trousses de l’expédition, va causer de fréquentes alertes, sans qu’on la voit paraître, après l’avoir entraperçue.Autre frayeur : un jour qu’il se rend à bord d’une frégate, afin de visiter des amis savants, Geoffroy Saint-Hilaire et les matelots l’accompagnant, sont renversés et seuls ces derniers reparaissent. Il ne sait pas nager et remonte à la surface, tant bien que mal, et ne doit son salut qu’à une échelle de corde, qu’il agrippe par un heureux hasard, et se hisse à bord de la frégate, bien que blessé. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/30700574743b3de1a8a137.jpg La flotte arrive bientôt en vue de Malte. « Huit jours avaient suffi à Bonaparte pour prendre possession de l’île de Malte, y organiser un gouvernement provisoire, se ravitailler, faire de l’eau, et régler toutes les dispositions militaires et administratives », écrira le futur maréchal Berthier. « Le 19 juin, Bonaparte mit à la voile, laissant Desaix à l’arrière-garde » (Bonnal, Histoire de Desaix). Elle avait mis plus de trois semaines pour arriver sur Malte ; « elle employa treize jours pour achever le voyage ; lenteur salutaire, par laquelle furent déjoués tous les plans de Nelson. »   Le 29 juin, l’armada française aperçoit la plage d’Egypte et le lendemain les colonnes de Pompée. Le consul, venu à bord, fait part de la crainte de la population, à la vue de l’imposante escadre, et des mouvements qu’elle a occasionnés contre les Chrétiens.Bonaparte apprend, par la bouche du diplomate, que quatorze vaisseaux anglais sont arrivés en vue d’Alexandrie et, n’ayant pas trouvé la flotte française, Nelson a fait route vers le nord-est. Dans la nuit du 22 au 23 juin, il avait doublé l’expédition et était parvenu le premier dans la cité des Lagides ;  il croise à présent à proximité de Chypre.   http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/149242061443b3dfa959126.jpg Bonaparte ignorant qu’il dispose de suffisamment de temps, débarque en hâte, le 2 juillet, par une mer agitée qui se brise sur les récifs, dans l’anse du Marabout.. Le jeune général passe en revue les mille hommes de Kléber, les dix-huit cents de la division Menou et les quinze cents du général Bon. Aucun canon, pas un seul cheval, pas plus que les généraux Desaix et Régnier, n’ont pu débarquer, par la faute de l’état de la mer. A deux heures et demie du matin, la maigre armée se met en route pour rejoindre Alexandrie.   http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/11600826243b40aa361749.jpg Arrivé à portée de canons de la ville, Bonaparte parlemente et c’est au canon que les habitants répondent. Rapidement les murs sont investis par les troupes françaises, et les défenseurs se réfugient dans la ville. Le général français fait savoir qu’il n’exercera aucune représailles, étant venu combattre les envahisseurs Mamelouks, et que la liberté de culte est garantie ;  la population laisse les Français prendre possession de la ville. Desaix, qui a entre-temps débarqué, est allé se placer en avant-garde, vers Rosette, sur la route du Caire, selon les ordres de Berthier. Les bâtiments de transport entrent dans le port et débarquent les chevaux, les canons, les munitions et les vivres, ainsi que les savants. La flotte va ensuite mouiller à Aboukir, qui paraît plus sûr. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/67902583743b40ae5c7c50.jpg Décidé à porter rapidement ses troupes au Caire, Bonaparte ignore Rosette, et fonce à travers le désert. Le général Menou est chargé de prendre Rosette et de faire embarquer le riz sur une flottille, composée de plusieurs chaloupes canonnières et d’un chebek, et de suivre la route du Caire, par la rive gauche. Kléber, blessé par une balle à la tête, reste à Alexandrie.    Le vent pousse la flottille trop rapidement, et elle dépasse d’une lieue l’armée marchant sur la rive gauche. Elle est aussitôt attaquée par les Mamelouks et une chaloupe, ainsi qu’une galère sont investies. Le chef de division Pérée contre-attaque et en reprend possession. « Il est puissamment secondé dans ce combat inégal et glorieux par l’intrépidité et le sang-froid du général Andréossy, et par les citoyens Monge, Berthollet, … qui se trouvent à bord du chebeck. » Cité par Berthier ,  cet épisode est relaté sous une forme légèrement différente par Arago, mais soulignant également le courage des deux scientifiques.   http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/45776077143b3e1f24afcc.jpgMurad Bey et ses Mamelouks Murad Bey, à la tête de six mille Mamelouks, accompagnés de fellahs, se propose de couper la route du Caire, à la hauteur de Boulaq. Berthier dépeint le tableau : « La cavalerie des Mameloucks était couverte d’armes étincelantes. On voyait en arrière de sa gauche ces fameuses pyramides dont la masse indestructible a survécu à tant d’empires, et brave depuis trente siècles les outrages du temps. » http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/65431490543a4849c2ac63.jpg Bataille dite des Pyramides Arrêt sur image d’Epinal : nous ne sommes pas au pied des pyramides, comme certains tableaux héroïques se plaisent à le montrer, et on ne parle que de trente siècles. Bonaparte, en bon publiciste, décidera de baptiser opportunément ce violent combat par un terme qui en fait un Moïse vengeur ;  le 21 juillet a donc lieu la bataille des pyramides. 6.000 Mamelouks et 20.000 Arabes affrontent l’armée française. Opposant leur courage brouillon à la tactique moderne des Européens, les Mamelouks sont défaits, leur cadavres jonchant le sol ou flottant dans le Nil ; elle a coûté dix hommes aux Français et trente blessés : la bataille laissera des traces dans tous les manuels d’histoire, d’autant qu’elle est agrémentée d’une phrase célèbre, citée par Arago, en 1854, et situant l’action au pied des intemporels monuments : http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/23891456443a485a6d5236.jpg«Soldats, du haut de ces Pyramides, quarante siècles vous contemplent !» Cette citation a l’air anodine, mais à l’époque, elle semble plus le fruit de la réflexion politique que du hasard ou bien de la recherche historique. Elle signifie que Bonaparte pense que ces pyramides datent de 2200 ans avant notre ère (il ne se trompe que de 300 ans).Le monde n’était-il pas né, selon James Usher, archevêque de Armagh au XVIIème siècle, en 4004 avant Jésus-Christ ? Un autre ecclésiastique avait même été plus précis : le 23 octobre à neuf heures du matin ! http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/159307883543a486753647b.jpgJames Usher Comme Berthier a parlé de trente siècles, en 1827 sous la Restauration, il est permis de penser que la phrase a peut-être été formulée à posteriori, et non le jour de cette bataille, même si elle est citée par Vivan Denon, sous la forme de : « Allez, et pensez que du haut de ces monuments quarante siècles nous observent. » http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/191762752543b45d4457ccf.jpgBonaparte entre en vainqueur au Caire Revenons à la bataille des pyramides. Trois jours après sa victoire, Bonaparte entre dans la ville du Caire et prend possession du palais du Bey. Pendant ce temps, les savants, au nombre desquels Jomard, sous la conduite de l’ingénieur géographe Testevuide, ont relevé les coordonnées de la colonne de Pompée (élevée par les Romains) et des Aiguilles de Cléopâtre (qui sont des obélisques érigés sous Thoutmès III à Héliopolis, et déplacé à Alexandrie sous Auguste, avant d’orner Londres, pour le premier et Central Park à New York pour le second).   http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/116437946943b463a2632ac.jpgBonaparte présidant le diwan Tandis que les jeunes gens de Monge posent les fondements de la Carte d’Egypte, le 1er août, Nelson ayant enfin localisé la flotte française, les vaisseaux anglais la détruisent au large d’Aboukir (Cliquer ici pour avoir beaucoup plus de détails sur la bataille navale du 1er Aout 1798 ). Trois mille deux cents hommes sont tués, trois mille autres sont prisonniers et seuls quatre navires réchappent de cette débâcle, malgré la vaillance des officiers et des marins français.   http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/189647849643a4893e22f38.jpgLe vaisseau-amiral l’Orient explose Le brillant général est prisonnier de l’Egypte et le restera pendant une bonne année. Il lui faudra s’occuper en administrant sa conquête, maintenant que toute retraite lui est immédiatement impossible. Lorsqu’il voit le gué de la Mer Rouge, c’est parce qu’il est parti visiter les vestiges d’un ancien canal, à présent ensablé, construit sous Sésostris (vers 1971-1928 avant notre ère). http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/161239669143a493b49cd83.jpgL'amiral Brueys d'Aigaillers, commandant de l'Orient Ainsi que l’a relaté Diodore : « Il (Sésostris) fit faire des canaux de communication depuis Memphis jusqu’à la mer d’Arabie, pour faciliter le commerce de tous les peuples de la terre avec l’Egypte et pour abréger le transport des fruits et de toutes marchandises. » Une idée qui fera son chemin dans le siècle suivant est en train de renaître 3700 ans plus tard. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/79602750243a48dff45b59.jpgInsurrection du Caire Au Caire, le 21 octobre une insurrection a lieu, au cours de laquelle Monge et Berthollet ont de nouveau l’occasion de démontrer leur intrépidité. Périssent « les ingénieurs Duval, Thévenot, le dessinateur Duperrès, le chef de brigade Shulkowski, le général Dupuis et plus de soixante Français. »Parmi les morts, on trouve Testevuide qui dirigeait l’équipe des ingénieurs géographes. Celui-ci avait dirigé le cadastre de Corse, et était alors accompagné de son neveu Pierre Jacotin. Né en 1765 à Champigny, ce dernier l’avait rejoint dans l’Ile de Beauté à l’âge de dix-huit ans, et cinq années plus tard, l’avait accompagné lors de l’expédition suivante. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/96155979243a4931c707f7.jpgLe général Caffarelli C’est justement lui qui va prendre la succession de son oncle, et diriger les travaux qui vont permettre d’établir la carte de l’Egypte au 1/800000ème. Les géographes vont devoir innover, car une partie de leurs instruments de mesure a coulé avec le reste de la cargaison du Patriote. L’autre partie était conservée dans la maison du général Caffarelli, celui-là même qui avait rejoint Alexandrie à pied malgré sa jambe de bois ;  hélas, lors de l’insurrection, elle a été pillée. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/53214282943b40c7c6edbe.jpg C’est donc à partir d’observations astronomiques que les géographes vont pouvoir travailler. Jacotin, lorsqu’il retournera en France, quittant l’Egypte avec les derniers savants et militaires, publiera un atlas de la carte de l’Egypte et de la Syrie. Parmi ses autres travaux ultérieurs figurera une carte de la Corse en huit feuilles. Les Français poursuivent les Mamelouks dans le désert et, contrairement à la population des villes, sont bien reçus par les habitants des villages, lesquels voient en eux des libérateurs. Desaix s’arrête à Assiout, à trois cents kilomètres du Caire, puis regagne le Fayoum. Dans son équipée, il est accompagné par Vivant Denon qui raconte.    Parvenant à Thèbes, « l’armée, à l’aspect de ces ruines éparses, s’arrêta d’elle-même, et, par un mouvement spontané, battit des mains, comme si l’occupation des restes de cette capitale eût été le but de ses glorieux travaux, eût complété la conquête de l’Egypte. » A Syène, « lorsque les troupes aperçurent les ruines au détour d’une montagne, son admiration fut telle qu’elles présentèrent d’elles-mêmes les armes à ces glorieux débris. » http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/16310959043a4982382224.jpg Poussés par les Anglais, les Turcs veulent reprendre possession de l’Egypte, ce qui leur permettrait d’affirmer une autorité que les mamelouks avaient négligée, au cours des décades passées, du fait du relatif éloignement géographique. Bonaparte ne les attend point et les rencontre en Syrie. La progression de l’armée française est pénible et lente, ce qui ne l’empêche pas de remporter quelques victoires : El-Arich, Nazareth, Mont Thabor et Jaffa. Il baptise les batailles de noms à références religieuses, qui profiteront à la propagande napoléonienne, car le voici dans la ville qui vit naître le Christ, le mont où se produisit la Transfiguration, et dans la ville reprise aux croisés par Saladin, qu’en "croisé" des temps modernes il reconquiert. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/60461435843a4833491156.jpg Mais la peste sévit dans ces régions et l’armée du jeune général commence à être ravagée par l’épidémie. Le 11 mars 1799, le stratège, accompagné du médecin-chef de son armée, visite les pestiférés de la mosquée, transformée en hôpital. Le tableau des Pestiférés de Jaffa (baron Gros, voir ci-dessous) servira plus tard la propagande de Napoléon, nouveau Christ des terres bibliques. De même, en bon politicien, il transforme un échec en victoire, car il ne brise pas le siège d’Acre, durant lequel meurt Caffarelli,  et revient au Caire, au terme de cette expédition de Syrie, une armée amoindrie par « deux mille deux cents morts, trois mille cents blessés et malades. » http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/29803495743a4993793006.jpgLes pestiférés de Jaffa En Europe, le Directoire, par sa volonté d’étendre la Révolution en créant des républiques sœurs, chatouille au-delà du raisonnable les monarques étrangers. Les armées du Roi de Naples (Bourbon d’Italie), ont chassé les Français de Rome et les cinq Directeurs déclarent la guerre au souverain napolitain, ainsi qu’à son allié, le royaume de Sardaigne. Rome est reprise et vidée d’une partie de ses trésors, puis Naples suit. Le Piémont est occupé par Joubert et le roi de Sardaigne doit s’enfuir dans l’extrême sud, à Cagliari. A la fin de 1798, une coalition se forme où l’on retrouve, bien sûr, les Anglais et les Turcs que rejoint Paul 1er, Tsar de toutes les Russies. L’Autriche, suite à son traité, semble vouloir rester neutre. Cependant, elle accepte que les Russes passent sur son territoire pour aller en Italie. Le Directoire ne perd pas une si belle occasion de faire une nouvelle erreur et proteste vivement, rompant ses relations avec les Autrichiens. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/73059701443b42ee65676b.jpgLe général Joubert Les défaites françaises vont se succéder et Joubert (sur lequel Sieyès, le plus ambitieux des Directeurs, comptait pour organiser un coup d’état) meurt à Novi le 15 août 1799. Informé du danger qui menace le pays et, à présent que lui apparaît l’inutilité militaire de sa conquête, puisque sa flotte est détruite, Bonaparte songe à rentrer en France où il pourra se rendre plus utile. Le 22 août, il embarque sur la frégate Muiron, échappant on ne sait comment aux vaisseaux anglais, et revient à Fréjus, abandonnant son armée, déléguant à Kléber l’administration de l’Egypte et laissant œuvrer les scientifiques, dont certains sont désemparés, dans un premier temps. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/141924065143a49a391cf7a.jpgBonaparte débarquant à son retour d’Egypte (Bibliothèque Nationale)http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/151524999343b42de4cd6d3.jpgLe même fait croqué par les Anglais Gaspard Monge est au courant, comme Berthollet, même si le premier nommé affirme à Fourier, selon Jomard : « Si nous partons pour la France, nous n’en savions rien aujourd’hui avant midi. » Geoffroy Saint-Hilaire, quant à lui, a compris, depuis un moment déjà, les intentions du général, relatives à l’Egypte, si bien que, toujours selon Jomard, il a même engagé un pari à ce sujet. Bonaparte, selon ce dernier, en excursion aux pyramides de Gizeh, confia à ses compagnons scientifiques : « Commilitones, jamais ce jour et ceux qui me suivent, ne s’effaceront  de ma mémoire ! » http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/164628975243a49b0a85e27.jpg Même si le moment présent semble démentir ses propos, les temps à venir démontreront que ces paroles venaient du cœur, et il parlera de ces compagnons, même sur Sainte Hélène, lui qui offrira des postes de préfet à quelques-uns uns d’entre eux. Bonaparte s’en va, car le destin attend Napoléon.       Lire la suite...

03. La clé des grands mystères publié le lundi 30 octobre 2006

La clef des grands mystèrespar Jean-Pierre Lastrajoli © Il sait depuis plus d’un mois, qu’une découverte a été faite, mais il ne l’a malheureusement pas emportée ; heureusement pour le British Museum. En juillet 1799, suite au débarquement de milliers d’Ottomans au déjà tristement célèbre Aboukir, où ils ont passé la garnison au fil de l’épée, il ne fait plus aucun doute que leur cible prochaine sera soit Alexandrie, soit Rosette, la verte cité à l’embouchure du bras occidental du Nil, aux fortifications insuffisantes pour espérer résister à l’envahisseur éventuel. Bonaparte va remporter un grand succès à Aboukir, juste avant de quitter l’Egypte, en repoussant les Turcs, qui sur les vingt mille qui y avaient été envoyés, ne furent que six mille à en réchapper, faits prisonniers. Rosette n’a plus rien à craindre, même si ce débarquement va avoir des conséquences inattendues. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/35689427643a49c7141b79.jpgBataille terrestre d'Aboukir L'ancien Borg Rachid, nouvellement rebaptisé fort Julien en l’honneur de l’infortuné aide de camp de Bonaparte, mort quelques temps plus tôt, est dans un état de ruines tel, qu’il oblige les militaires français à procéder d’urgence à des travaux destinés à fortifier les positions, sous la conduite d’Hautpoul, chef de bataillon du Génie, assisté du lieutenant Bouchard. Pour ce faire, ils démolissent des murs en ruine, construits par les arabes à partir de matériaux divers. Soudain, une pierre de basalte noir, de 762 kilos, d’un mètre environ sur 70 centimètres attire leur attention. Ils appellent le lieutenant Bouchard, afin de lui montrer leur découverte. Pierre François Xavier Bouchard, qui un an auparavant faisait partie des 167 savants de l’expédition, après avoir servi à Meudon, sous les ordres de  Nicolas Jacques Conté , (dont le nom restera attaché à l’invention du crayon noir), trois ans auparavant a été admis à la toute jeune école polytechnique, dont nombre de professeurs et élèves composent les rangs des scientifiques de l’expédition.   http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/24085816543a49e9ca311e.jpgNicolas Conté Toujours élève, Bouchard passe son examen de sortie au Caire, - ce qui n’est guère fréquent dans l’histoire de la prestigieuse école. De Villiers est dans le même cas -, et ne vient d’être affecté que depuis un mois au Génie. La chance vient de frapper par deux fois. En premier lieu, il était nécessaire de démolir ce mur pour fortifier la position. Enfin, la deuxième chance, c’est que les terrassiers aient appelé leur officier, au lieu de réutiliser bêtement la pierre et que cet officier ait réalisé qu’ils venaient de faire une découverte importante. Dès que l’on l’a nettoyée, la fameuse pierre (qualifiée de granitique par les militaires et considérée jusqu’à il y a peu de temps encore comme basaltique, avant que l’on s’aperçoive que le jugement des soldats était le plus judicieux), provenant de la réutilisation, en tant que matériau de construction, dans de nombreuses maisons de Rosette, de blocs d’un temple situé sur la même branche du Nil, était loin d’être un simple vestige du passé : c’était une clé pour les temps à venir. Ses dimensions la rendaient déjà remarquable : 114 centimètres de hauteur, 72 de largeur et 27 d’épaisseur.Les inscriptions sont faites en trois groupe de signes, dont l’un est manifestement grec, ce que des Français, se trouvant à Rosette, peuvent traduire avec une relative facilité. La traduction n’a rien de sensationnel, puisqu’il y est question d’un hommage rendu à l’un des nombreux Ptolémée et de l’anniversaire de son couronnement. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/210991825243a49d6eb858e.jpgPierre de Rosette La dernière phrase crée cependant un émoi, dans la communauté savante, car elle mentionne que « ce décret sera inscrit sur des stèles de pierre dure, en caractères sacrés, indigènes et grecs ». Aurait-on découvert la fameuse clé des hiéroglyphes, dont on désespérait de pouvoir traduire le sens ?Par bonheur, la communauté française mesure très rapidement la portée de cette découverte, bien plus que la communauté égyptienne de l’époque, laquelle n’y voit que des vestiges méprisables d’une antique civilisation païenne.« Le citoyen Lancret, membre de l’Institut, informe que le citoyen Bouchard, officier du génie, a découvert dans la ville de Rosette des inscriptions dont l’examen peut offrir beaucoup d’intérêt. La pierre noire qui porte les inscriptions  est divisée en trois bandes horizontales ; la plus inférieure contient plusieurs lignes de caractères grecs qui ont été gravés sous le règne de Ptolémée Philopator ; la seconde inscription est écrite en caractères inconnus, et la troisième en caractères hiéroglyphiques. » http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/18567631343a49ff9e4d29.jpg C’est en ces termes que le monde savant apprend la découverte d’un texte qui non seulement est bilingue, mais trilingue. Les hiéroglyphes vont livrer leur secret ; ça ne fait plus aucun doute. Dans l’esprit de beaucoup, c’est une question de mois. En fait, il faudra attendre des dizaines d’années pour que la stèle livre son secret. L’article annonçant cette découverte, dans le Courrier d’Egypte, journal des armées de l’expédition rédigé par Fourier, serait parvenu jusqu’à Figeac, en Guyenne, dans une librairie. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/182025849143a4a0c965b33.jpg La Décade égyptienne ne parvient pas à Figeac, et c’est bien dommage, car ce qui y est imprimé, concernant cette découverte importante, est d’une autre teneur. Jean-Joseph Marcel, bien que seulement âgé de 22 ans, fait déjà partie des meilleurs orientalistes et il a rejoint l’expédition, venant de l’Imprimerie Nationale, pour fonder l’Imprimerie du Caire. Il s’intéresse, en ne se servant que de sa seule connaissance de l’arabe, à la stèle noire qu’il décrit ainsi :« L’inscription hiéroglyphique renferme quatorze lignes, dont les figures, de six lignes de dimension, sont rangées de gauche à droite.La seconde inscription, qui avait été d’abord annoncée comme syriaque, puis comme copte, est composée de trente-deux lignes de caractères qui suivent le même sens que l’inscription supérieure, et qui sont évidemment des caractères cursifs de l’ancienne langue égyptienne. J’ai retrouvé des formes identiques sur quelques rouleaux de papyrus… » http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/39736568343b45c7011b5c.jpgLeçons de Langue Ethiopienne de Jean-Joseph Marcel, 1819 Les savants décident de copier le précieux texte de la stèle de Rosette. Les dessinateurs renoncent à l’impossible projet, devant l’ampleur du travail et surtout les risques d’erreurs engendrées par la retranscription de signes inconnus. Le 24 janvier 1800, Jean-Joseph Marcel demande à ce qu’on lave la stèle, et la fait essuyer, en prenant soin de laisser les creux emplis d’eau. La pierre est ensuite recouverte d’encre et un papier trempé est appliqué sur sa surface ; on peut lire, dans un miroir, les signes qui ressortent en blanc sur fond noir. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/24020820643a4a2cbb48ed.jpgSi Bonaparte et Monge ne sont plus  au pied des pyramides,la pierre de Rosette est hélas toujours en Egypte Nicolas Conté applique la méthode contraire : la surface lisse et plane de la stèle est recouverte d’un mélange ne retenant pas l’encre, laquelle ne se loge que dans les creux des inscriptions. Les caractères apparaissent en noir sur fond blanc, ce qui rend la lecture dans le miroir plus aisée. Les deux types de copies rejoignent l’Institut au début des beaux jours de l’année 1800. Enfin, on procède à un moulage, lequel sera bien utile à la Description de l’Egypte. La pierre ne livra pas aussi rapidement qu’on aurait pu le penser son secret pour la partie grecque : elle reprenait le texte d’un décret que les prêtres égyptiens avaient rendu en 196 (et non 157) avant notre ère, en l’honneur de Ptolémée Epiphane (et non Philopator ou encore Philometor) et de son épouse Cléopâtre (la première et non la plus connue laquelle fut l’ultime et septième du nom).   Selon Geoffroy Saint-Hilaire, Bonaparte a un jour confié à Monge : « Je me trouve conquérant en Egypte comme le fut Alexandre ; il eut été plus de mon goût de marcher sur les traces de Newton. Cette pensée me préoccupait à l’âge de quinze ans. » Aussi, ne fut-il pas surprenant, le 20 août 1798, qu’il ait créé l’Institut d’Egypte. Forment le premier noyau de cette illustre société, Monge, Berthollet, Costaz, Desgenettes, Geoffroy Saint-Hilaire, les généraux Andréossy et Cafarelli (qui bien qu’ayant une jambe de bois, n’en avait pas moins effectué la fameuse marche, depuis le lieu du débarquement vers Alexandrie et qui était surnommé Abou Kabaché, le père la béquille). Monge est élu président, le futur 1er consul, vice-président et le citoyen Fourier, secrétaire perpétuel de l’Institut d’Egypte.Monge, lors de l’insurrection du Caire, le 21 octobre 1798, se refusera à abandonner le palais de Hassan-Kachef, et organisera sa défense. Le siège de l’Institut ne sera dégagé qu’au bout de deux jours et demi. Sur les deux savants indissociables, Berthier écrit : « Les citoyens Monge et Berthollet sont partout, s’occupent de tout, et sont les premiers moteurs de tout ce qui peut propager la science. » http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/47076881943aef9df03bc6.jpgMonge et Berthollet faisant le coup de feu Andréossy visite le lac Menzaléh, décrivant la composition des terrains dans les vallées des lacs du natron. Geoffroy Saint-Hilaire y découvre le Hétérebranche, poisson ayant deux organes ramifiés, à la fonction comparable à celle des bronches. Ce dernier va se lancer dans une moisson impressionnante, débouchant sur la rédaction de nombreux mémoires, dans les années à venir.   http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/139799530343b4641283f2e.jpgLe général Andréossy Costaz s’intéresse à la composition du sable du désert, Berthollet étudie les propriétés tinctoriales des végétaux, l’ingénieur Gérard prend des notes sur l’agriculture égyptienne, Lancret recherche les canaux fertilisateurs, Regnault décompose le limon du Nil, etc.Les artistes n’en restent pas inactifs pour autant, à l’instar du conservateur d’une collection de pierres gravées, léguées par madame De Pompadour, sous Louis XV,  Dominique Vivant Denon, qui seul avait été autorisé à suivre Desaix et qui a donné, par les résultats de ses carnets de dessins, l’idée de rendre par l’image la splendeur des monuments égyptiens. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/187751938343aeffde128f1.jpgVivant Denon dessinant « J’ignorais absolument quelles étaient ma situation et mes ressources ; je n’avais depuis neuf mois pensé qu’à chercher, qu’à rassembler des objets intéressants ; je n’avais redouté aucun danger pour satisfaire ma curiosité… », écrira le futur Directeur Général des Musées. Denon constate, devant différents tableaux examinés à Médinet-Habou, que le héros représenté conserve toujours la même physionomie, ce qui prouve qu'elle est portrait. Un prêtre retranscrit les actes du héros. « C’était la première fois que j’eusse vu des figures dans l’acte d’écrire : les Egyptiens avaient donc des livres. »  Mieux : dans une tombe qui a été violée, une momie tient un papyrus. « Je n’osais toucher à ce livre, le plus ancien des livres connus jusqu’à ce jour ; je n’osais le confier à personne, le déposer nulle part. » Mesures du Sphinx (Vivant Denon) Bonaparte ayant examiné les dessins de Vivant Denon estime que sa mission est terminée et le fait rentrer avec lui ; il va le suivre sur tous les champs de bataille à travers l’Europe. Denon publiera en 1802 son Voyage dans la Haute et Basse Egypte , comprenant les dessins faits jusqu’en août 1799 des temples, des sites, des villages, dans des positions souvent inconfortables.Ses collègues entourent le savant aventurier, le pressant de question.  « J’étais le membre de l’Institut qui le premier fût revenu de la Haute-Egypte. » L’Institut va se charger de compléter les travaux de Denon, en portant ses regards dans tous les domaines, recueillant des informations inestimables sur l’Egypte antique et sur sa descendante, en ces jours de fin de XVIIIème siècle.Conduits par Monge, Berthollet, leurs polytechniciens, parmi lesquels un jeune homme de 21 ans, Edme François Jomard, se fera plus connaître par la suite, vont récolter une moisson de documents, d’objets et de statues dont ils ne pourront ramener qu’une partie, après un prélèvement opéré par les armées anglaises. Tout ne sera pas perdu, puisque Denon n’est pas resté jusqu’au bout de la campagne, contrairement à Jomard, et a rapporté quelques pièces assez intéressantes.L’Institut sera un objet de curiosité pour les Orientaux. On y voit le vainqueur de Mourad-Bey siéger et n’avoir droit qu’à une voix, lors des votes, au même titre que ses collègues, et cette république des esprits va semer des idées qui germeront plus tard, au rythme de l’Egypte, selon la seule volonté de ses habitants. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/28209309043af03c0568a4.jpg Vivant Denon Pendant ce temps, on a essayé à de multiples reprises de faire embarquer la pierre de Rosette, à destination de la France. Mais les Anglais veillent et empêchent tout départ d’un quelconque trésor et en particulier celui-là, tandis que Jomard mesure les édifices anciens, au nombre desquels figurent les grandes pyramides. Les chiffres qu’il en tirera l’amèneront à avancer des hypothèses pour le moins hasardeuses. Il n’est pas le premier et il ne sera pas le dernier.Parmi les savants qui accompagnaient Bonaparte, un mathématicien et physicien va connaître une destinée qui contribuera à la découverte de la signification des hiéroglyphes. Joseph Fourier, représentant de la France auprès du gouvernement égyptien, deviendra ministre de la justice, puis préfet en Isère. Il y sera chargé de rédiger la préface d’un ouvrage que Napoléon ordonnera de publier à l’Imprimerie Impériale en février 1802, Description de l’Egypte, soient 837 planches gravées sur cuivre, représentant plus de 3000 illustrations qui dépassent pour certaines le mètre. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/72618370343af0ad23d60d.jpghttp://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/7995334843af0a55e583a.jpg Par un heureux effet du hasard, le volume I commencera par l’île de Philae, où les derniers hiéroglyphes connus à ce jour auraient été gravés. Après les monuments dans leur état actuel, les collections d’antiques, tout au long des dix tomes in-folio et des deux recueils, auxquels ont collaboré 400 graveurs sur cuivre, on y montre, l’Egypte du début du XIXème siècle : arts et métiers, costumes et portraits, vases, meubles et instruments, inscriptions, monnaies et médailles et pour finir la zoologie des mammifères aux oursins, en passant par les insectes.Le 22 novembre 1799, Kléber écrit à Monge : « Je crois devoir charger l’Institut de transmettre aux deux commissions qui ont visité la haute Egypte le témoignage de ma vive satisfaction sur la manière dont elles se sont acquittées de cette mission, »… « car l’objet est le même, celui de répandre l’instruction et concourir à élever un monument littéraire digne du nom français. Je désire en conséquence que l’on prenne des mesures promptes pour assurer la rédaction des différents travaux… ». http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/136285993943af1174d1d13.jpgKléber Ces passages montrent l’intérêt que les militaires, après Bonaparte portent à la science, car n’oublions pas que les généraux représentent la Révolution, issue des écrits des philosophes de ce siècle finissant, où le savoir est l’arme la plus sûre pour lutter contre les privilèges abolis.Une campagne militaire désastreuse, puisque l’armée du général Bonaparte, oubliée par la France, progressivement sans munition, minée par les maladies, confinée dans le delta par les Anglais et les Turcs, s’achèvera par un traité de paix conclu par Kléber et Desaix, au terme du désastre d’El Arich. Bloqués par une épidémie de peste, les savants apprennent, en embarquant,.que le fameux traité vient d’être dénoncé. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/4035685243b45da322875.jpghttp://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/157794067043b4621b6fb48.jpgAssassinat de kléber et supplice du meurtrier Un message insolent, selon Kléber, de la part des Anglais, lui fait déchirer le traité et il remporte la victoire d’Héliopolis. Le 14 juin 1800, Kléber est assassiné et Menou le remplace, tentant une impossible intégration, à ce moment-là et en aussi peu de temps, des deux communautés orientale et occidentale. Les combats se poursuivent et des troupes ayant débarqué une nouvelle fois à Aboukir, Bouchard défend Fort Julien, mais doit capituler au terme de dix jours de siège.Geoffroy Saint-Hilaire confiera plus tard : «Vingt mois entiers s’écoulèrent encore entre le traité d’El Arich et le départ de la Commission ; vingt mois d’incertitude et de déceptions sans cesse renaissantes.» http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/86911596243af140b44d02.jpgKléber Le Caire tombe bientôt, et ceux qui y sont restés peuvent bénéficier des conditions de la capitulation de la Cité : le 14 juillet 1801, ils quittent le pays avec armes et bagages. D’autres ont effectué le mauvais choix, ayant quitté le Caire pour Alexandrie, depuis le 11 avril, se réfugiant dans l’antique cité des Ptolémées avant la reddition de l’actuelle capitale, où sévit une épidémie de peste.Tandis que Geoffroy Saint-Hilaire étudie des poissons électriques, Alexandrie est assiégée et bombardée. La cité des Lagides finira par céder et le général Menou propose un projet de capitulation que les Anglais rejettent en particulier l’article 16 prévoyant que les savants peuvent emmener «les papiers, plans, mémoires, collections d’histoire naturelle, et tous les monuments d’art et d’antiquité recueillis par eux». http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/40066601643af186889034.jpgGeoffroy Saint-Hilaire Des échanges très vifs, faits de menaces et de mensonges, émaillent les courriers échangés par le général Hutchinson et le général Menou. Fourier tire Geoffroy Saint-Hilaire de ses études, en lui annonçant que toutes les richesses scientifiques de la Commission vont tomber aux mains des Anglais.Geoffroy Saint-Hilaire, Savigny et Delile se rendent en députation au camp anglais, afin d’y voir le général Hutchinson. Ce dernier refuse, après réflexion, de céder aux demandes des savants, sans doute conseillé par l’ambitieux Hamilton. « Toute démarche nouvelle serait inutile ; elle n’aboutirait qu’à des rigueurs que, pour ma part, je voudrais éloigner de vous. »La partie semble perdue, et toutes les souffrances endurées par les Français, tout au long de cette éprouvante campagne, ne serviront donc qu’à la gloire de quelques savants restés confortablement à Londres. Les savants menacent de brûler eux-mêmes leurs richesses. « C’est à de la célébrité que vous visez, menace Geoffroy Saint-Hilaire. Eh bien ! comptez sur les souvenirs de l’histoire : vous aurez aussi brûlé une bibliothèque à Alexandrie ! ». http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/130887034743af1b31d9da2.jpghttp://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/172566968743af1b95bbc5c.jpgRedouté et une de ses planches Hamilton ne souhaite pas laisser dans les mémoires l’image d’un nouvel Omar et plaide la cause des Français, qu’il a sentis capables du pire, préférant leur laisser le fruit de leurs recherches, au bénéfice de l’humanité. Hutchinson propose un nouveau marché : les Français doivent se résigner à céder une partie de leurs découvertes archéologiques, tandis que les Anglais concèdent aux savants le droit d’emmener leurs collections, plans et dessins, moulages et copies.Avec les bijoux et antiquités, fera la pierre de Rosette partie du butin anglais et le British Museum pourra exposer une stèle sombre, avec la mention captured in Egypt by the British Army in 1801. Fort heureusement, les Anglais ont consenti à laisser aux savants leur butin de papier et, à travers l’ouvrage monumental publié pour la première fois entre 1809 et 1828, le monde entier bénéficiera de ce savoir, à l’origine de l’égyptologie. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/28247844743af1de222d1d.jpgLe général Menou Les Français quittent l’Egypte, où ils ont apporté des réformes fiscales plus justes, et ont été des conquérants relativement équitables, et, au retour des Ottomans, seront regrettés. Cependant, des traces durables de ce passage vont rester, puisque l’Egypte va s’engager sur la voie du développement, les réformes fiscales ne seront pas remises en cause, tandis que les Mamelouks seront pourchassés.Enfin, malgré les différences culturelles qui ont pu rendre les Français insupportables aux musulmans égyptiens, la France, sans arrière-pensée mercantile systématique, va contribuer au développement de cette région, et parmi les promoteurs de ces initiatives, on retrouvera Jomard. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/1417158843af1c3259412.jpgLe médecin Desgenettes Il est évident qu’un peuple au passé aussi glorieux, à présent recomposé, ne peut accepter une quelconque tutelle, et va marcher lentement, mais sûrement, vers son indépendance politique, assurée par une indépendance économique, principalement due à un tourisme historique, que cette expédition aura contribué à favoriser, ainsi que l’action les premiers défenseurs du patrimoine égyptien. Pour cela, il aura fallu d’abord percer le mystère des hiéroglyphes. Petite bibliographie et webographie :   L'Egypte de Bastet Le traité entre Kléber et Mourad-Bey mémoires du Maréchal Berthier (BNF, format PDF) Biographie de Geoffroy Saint Hilaire   (BNF, format PDF, page 74) Voyage dans la Basse et Haute Egypte par Vivant Denon (éd. Pygmalion) L'Egypte au temps de l'expédition de Bonaparte de Patrice Bret (Hachette, la vie quotidienne)   Dernière minute :   Si l'on en croit Devilliers, le général Menou aurait retardé le départ des savants, de crainte qu'ils n'arrivent en France avant lui, et disent à quel point il était un personnage peu intéressant, pour ne pas dire méprisable.Une trace du passage des savants de l'expédition d'Egypte à Kalabsha sur le site de Nikopol  ( L'Egypte de Nikopol) :   http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/126157482643af1e02ae6f3.jpg       Lire la suite...

04. Les semences d'une destiné... publié le lundi 30 octobre 2006

Les semences d’une destinéepar Jean-Pierre Lastrajoli © Issu d’une famille d’agriculteurs de la région grenobloise, dans le Valbonnais, Jacques Champollion, né en 1744, exerce le métier de marchand ambulant de livres, almanach et objets religieux divers. Il s’arrête en 1770 à Figeac, la Venise pauvre. Deux ans plus tard, il fait l’acquisition d’une maison qui sera la demeure familiale. Il lui faudra attendre sept années pour acheter une boutique qui deviendra sa librairie.En 1773, il a épousé Jeanne-Françoise Gualieu dont il aura une fille Thérèse, l’année suivante. En 1778, naît Jacques-Joseph que l’on connaîtra sous le nom de Champollion-Figeac. Deux autres fils viendront, mais ne vivront pas longtemps. Le 23 décembre 1790, deux jours avant Noël, naît le jeune Jean-François, de douze ans son cadet, septième et dernier enfant de Jacques et de Jeanne-Françoise Champollion. L’acte de baptême montre que le nom du parrain est Jacques-Joseph, frère du baptisé, ce qui va créer une relation à mi-chemin entre la paternité et la gémellité, et les deux frères auront du mal à se séparer longtemps. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/3829052343a430d7615b5.jpg Jacques Champollion, le père, bien que fonctionnaire municipal (An III), avec deux autres républicains. continue à donner asile à deux bénédictins (le chanoine de Seycy et Dom Calmet). Ils servent de précepteurs à Jacques Joseph et celui-ci occupe une fonction, à 16 ans, au bureau de correspondance municipale.Le 9 thermidor an II, Robespierre renversé, l’administration est renouvelée, à l’exception de ce jeune homme qui va porter toutes les responsabilités sur ses épaules d’adolescent de juillet à décembre 1794. Il finit pas entrer comme secrétaire adjoint dans l’administration cantonale.L’aîné est admiratif devant les talents de Jean-François qui a surpris par sa précocité, bien que dépeint comme un garçonnet solitaire. Les rues, peu sûres en raison de l’instauration de la Terreur à compter d’avril 1793, le cadet doit se contenter de jouer à la maison : aussi, une grande partie de ses jeux sont d’ordre intellectuel.Jean-François apprendra à lire et à écrire par ses propres moyens, en retrouvant, dans le missel de sa mère, les passages qu’elle lui avait souvent lus. Il venait de déchiffrer l’alphabet romain. Nous sommes en 1798 : Jacques-Joseph est passionné de lettres et d’histoire. Il a, paraît-il, demandé à faire partie du voyage en Egypte, mais sa demande n’aurait pas été retenue. Un petit détail permet cependant d’écarter l’idée que Jacques Joseph aurait voulu faire partie de l’Expédition d’Egypte. En mars 1798, le Directoire arrête la décision de l’expédition. « De suite, je ne sais trop pourquoi, on la supposa lointaine, bien que son but fût un mystère pour tout le monde, » écrit Edouard de Villiers du Terrage, « Le but en resta longtemps ignoré de ceux mêmes qui tenaient les premiers rangs dans l’armée et la commission des sciences. », a rapporté Isidore, le fils d’Etienne Geoffroy Saint-Hilaire.La lecture de l’arrêté (26 ventôse an VI) des directeurs au ministre de l’intérieur Letourneur confirme cette version, de même que les courriers adressés aux scientifiques. On est donc en droit de se demander comment les scientifiques auraient pu ignorer la destination du voyage et l’aîné des Champollion la connaître, alors que la destination finale ne sera révélée qu’après Malte, lorsque le convoi met le cap sur Alexandrie, le 9 messidor (27 juin). C’est pourquoi il faudra lire les informations provenant de Jacques Joseph comme une histoire potentiellement remaniée. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/180916267643a4323f33352.jpg En juillet, l’aîné part pour Grenoble, où il entre comme apprenti dans la maison Chatel, Champollion et Rif et se fait appeler Champollion-Figeac pour se distinguer de ses cousins de l’Isère. Quatre mois plus tard, le Cadet entre à l’école, mais trop habitué à un enseignement libre et réfractaire au calcul mental, il en est retiré pour recevoir l’enseignement de Dom Calmet, qui a déjà servi de professeur à Jacques-Joseph.Le bénédictin se sert des points où Jean-François excelle, à savoir le sens de l’observation, le dessin et les langues. Celui-ci aborde ainsi le grec et le latin, découvrant les auteurs classiques de l’Antiquité et l’élève récite à huit ans des vers de Virgile et déclame Homère.En septembre 1799, Jean-François apprend, semble-t-il, par le Courrier d’Egypte, que le 2 fructidor an VII, « il a été trouvé… une pierre d’un très beau granit noir…». « Une seule face bien polie offre trois inscrïptions distinctes … », avec des caractères hiéroglyphiques, syriaques et grecs. « Cette pierre offre un grand intérêt pour l’étude des caractères hiéroglyphiques, peut-être même en donnera-t-elle enfin la clef ».Enfin autorisé à sortir en compagnie de Dom Calmet, ce dernier l’initie à la géologie et la botanique. Le précepteur sent bien qu’il arrive au bout de ce qu’il peut apprendre à un esprit aussi brillant qui fait encore beaucoup de fautes d’orthographe, alors que le grec et le latin ne sont qu’un jeu d’enfant ; ce qu’il est au demeurant. Jean-François a dix ans et voyant que son cadet s’étiole, Jacques Joseph le fait venir en mars 1801 à Grenoble. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/75210770943a4332227af7.jpg Tandis que le traité de paix, conclu par Kléber avec les Anglais, a été dénoncé, le 8 mars 1801, en Egypte va se jouer le sort de la Pierre de Rosette. Jean-François arrive le 30 dans la capitale des Dauphins, où un musée a ouvert ses portes en 1798. L’aîné fonde de gros espoirs sur cet autre lui-même qu’on appellera au début, Champollion-Figeac le jeune.« Il y a longtemps que tu me prouves que moi c’est toi. Mon cœur m’assure que nous ne ferons jamais deux personnes. Maudit soit le jour qui amènerait cette distinction ! », écrira plus tard le jeune à Figeac.   Le cadet entre dans l’école privée de l’abbé Dussert, qui lui donne des cours d’hébreu, que Jean-François avait commencé à explorer tout seul. Nous sommes en décembre, et la stèle de Rosette est anglaise depuis un mois, tandis que le jeune prodige achève sa onzième année. Il apprend beaucoup de ses professeurs : la botanique avec Villars et le dessin avec Jay.Après lui avoir interdit d’approfondir ses connaissances dans les langues, afin qu’il se perfectionne dans les matières classiques, Jacques Joseph autorise enfin son jeune frère à étudier l’arabe, le syriaque et le chaldéen. Les écoles centrales supprimées, ce dernier obtient, après examen, une bourse d’interne du lycée de Grenoble, tout fraîchement créé. Le cadet de Figeac supportera très mal cette période et surnomme le lycée sa prison.Selon l’idée de ce dernier, les mathématiques ne lui étant guère utile pour ce qu’il compte faire, il les ignore avec une belle constance, de même qu’il se révélera plutôt médiocre en... discipline. Le second point lui causera bien des tracas plus tard, ce qui est d’autant plus dommageable, aux yeux du corps enseignant, que le jeune Champollion excelle dans de nombreux domaines.Il compulse et réunit tous les écrits ayant pour sujet la terre des pharaons et tous ceux qui décrivent l’actuelle Egypte. Parmi les documents qu’il lit, figurent ceux de l’abbé Barthélemy (1761) concernant les cartouches, et de Charles Joseph de Guignes (1785), où l’auteur suppose que les Egyptiens anciens ne transcrivaient pas certaines voyelles. Kircher affirme, quant à lui, que le copte est lié à la langue des pharaons. Jean-François en déduira qu’il lui faudra apprendre le copte, afin de parvenir au but qu’il s’est fixé. C’est alors qu’un éminent savant lui montrera le Zodiaque de Dendérah, ou du moins son dessin, établi par les sieurs Jollois et Devilliers. http://www.veigy.mairies74.org/histoire/histoireancienne/images/denderah3.jpg Le 18 avril 1802, Joseph Fourier , l’un des mathématiciens de l’expédition en Egypte, est nommé préfet de l’Isère. Chargé de rédiger l’introduction de la Description de l’Egypte par Bonaparte, comme celui-ci a décidé de tous les détails matériels de la vaste publication, par cet heureux hasard, l’Académie Delphinale se transforme en une sorte d’Institut d’Egypte décentralisé.   Fourier avait promis au cadet de Figeac de lui montrer ses collections égyptiennes. Il ne parvient à tenir sa promesse qu’à l’automne 1802. Le préfet lui montre le fameux dessin de Jollois et Devilliers, reproduisant le Zodiaque de Dendérah, qui fait l’objet d’un vaste débat quant à sa datation, laquelle pourrait ébranler la chronologie biblique. Invité aux réunions que le Grenoble savant tient au domicile du mathématicien et dont le sujet aborde le plus souvent l’Egypte et l’Antiquité, Champollion le jeune se nourrit de ces données.En 1804, Jean-François rédige Remarques sur la fable des géants où, partant du panthéon hellène, il « cherche dans les langues orientales l’étymologie des noms propres qui se trouvent dans les mythes grecs, mais l’on ne doit pas oublier que c’est de l’Orient et des Egyptiens surtout que les Grecs ont tiré la plupart de leurs fables. »A quatorze ans, il affirme deux axes de son approche qu’il n’abandonnera jamais. La recherche étymologique et la prédominance de l’Egypte dans la culture antique, qui lui fera écrire, vingt-quatre ans plus tard son agacement devant ces historiens qui regardent l’art grec comme un modèle que l’on a copié, alors que les Hellènes ont puisé certaines de leurs idées en architecture sur la terre des pharaons. Selon Diodore, les Grecs ont d’ailleurs emprunté des Egyptiens la division qu’ils font de la République en trois classes. Et même, on assure encore que les Athéniens sont une colonie des Saïtes peuples de l’Egypte.L’année suivante, Jean-François obtient l’autorisation de poursuivre ses études personnelles, lors des moments de libre, ce qui est préférable pour sa vue, étant donné qu’il avait pris la mauvaise habitude de lire sous les couvertures, ce qui lui a causé un léger strabisme divergent, perceptible sur le portrait de Coignet (musée du Louvre, voir ci-dessous).   http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/178540044843a42a415a552.jpg Autre baume au cœur, en juin 1805, chez Fourier, il fait la connaissance de Dom Raphaël de Monachis, un moine copte, qui avait connu Monge et Desaix à Rome, et fut premier interprète du divan au Caire, après le départ de Bonaparte. Ce dernier l’a nommé professeur-adjoint à l’école des langues orientales depuis deux ans. Dom Raphaël lui donne un manuel du dialecte arabe, alors parlé en Egypte, lui indiquant qu’il faudra apprendre aussi l’éthiopien, afin de parvenir au but qu’il s’est fixé. Il donne en outre des indications précieuses sur le copte et lui ramène des grammaires copte et sanscrite, des textes parsi, pehlevi et zend.Jean-François apprend l’italien et l’anglais, de même que l’allemand (qu’il ne maîtrisera jamais à fond), dans le but de pouvoir lire tout ce qui s’écrit et touche à l’Egypte. Le jeune Augustin Thévenet, devenu un ami, l’aide à classer les documents dont il se nourrissait afin de concocter son Egypte sous les pharaons, où il propose une carte de l’Egypte antique, laquelle fera l’admiration des savants dauphinois, et où il démontre que le nom arabe des villes dérive du copte qui lui-même trouve ses racines dans l’égyptien ancien.Il a connu la facilité, il va bientôt affronter l’hostilité, sans laquelle toute entreprise perd sa saveur. La sienne sera un peu trop savoureuse, car les esprits brillants acceptent difficilement de paraître ternes, par la faute d’un génie, et il a touché, à cet instant précis, à un domaine où de savants personnages se croient seuls autorisés à prospecter.« Je veux faire de cette antique nation une étude approfondie et continuelle. L’enthousiasme où la descrïption de leurs monuments énormes m’a porté, l’admiration dont m’ont rempli leur puissance et leurs connaissances vont s’accroître par les nouvelles notions que j’acquerrai. De tous les peuples que j’aime le mieux, je vous avouerai qu’aucun ne balance les Egyptiens dans mon cœur ! », écrit-il en cette année 1806, où le général de la Salette lira les Remarques du jeune homme au lycée des arts et des sciences de Grenoble.Sa récente belle-sœur, Zoé Berriat, n’appréciant pas son qualificatif de cadet, qu’elle juge dévalorisant, et ayant appris que le terme arabe saghîr a approximativement la même signification, lui donne ce surnom qu’il va conserver jusqu’à sa mort. Jeanne Françoise, la mère, décède avant d’avoir revu le cadet, ce qui affecte profondément Jean-François, au point que son frère l’emmènera en voyage avec lui, afin de lui changer les idées. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/200677150543a42b2c9d1a7.jpg L’Académie delphinale le recevra comme membre correspondant l’année suivante. Après la fin de l’année scolaire, il offre la maquette de sa carte de l’Egypte sous les pharaons à cette Société qui le reçoit dans ses rangs, en pressentant que ce prodige justifierait sa confiance : « L’Académie a compté sur ce que vous avez fait », lui confie Renauldon, son président et maire de Grenoble, « elle compte encore plus sur ce que vous pouvez faire. …Si un jour vos travaux vous font un nom, vous vous souviendrez que vous avez reçu d’elle les premiers encouragements. »Il peut, à présent, se rendre à Paris, avec le but déclaré de parvenir à déchiffrer les hiéroglyphes de la stèle de Rosette.       Lire la suite...

05. Paris, les premiers écueil... publié le lundi 30 octobre 2006

Paris, les premiers écueilspar Jean-Pierre Lastrajoli © Fourier a parlé du jeune prodige à un de ses amis, archéologue et numismate, Aubin Louis Millin, directeur du Magasin encyclopédique, - dont Volney fut un collaborateur -, et Millin, qui a lu les essais de l’adolescent avec intérêt, lui a conseillé un enseignement pour les objectifs qu’il s’est fixé : le Collège Impérial et l’Ecole spéciales des langues orientales vivantes.Arrivés à Paris le 13 septembre 1807, les deux frères rendent visite à deux des futurs professeurs de Saghîr. En premier lieu à Isaac Silvestre de Sacy, qu’il surnommera dans ses lettres le rabbin ou le jésuite. Celui-ci a rédigé un Mémoire sur l’histoire des Arabes avant Mahomet (1785) et a enseigné l’arabe à l’Ecole spéciale des langues orientales vivantes. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/202343714243a3139c9ba50.jpg Silvestre de Sacy Depuis 1806, il enseigne aussi le persan dans ce vénérable collège, fondé sous François 1er, et contribue à l’étude de la langue copte. Encore une fois, le cadet de Figeac a frappé à la bonne porte, en vue de l’objectif qu’il s’est fixé.Silvestre de Sacy écoute ce timide, mais passionné, lycéen lui exposer son projet de déchiffrer la langue des pharaons. Le professeur ne lui fait aucune remarque de nature à contrarier un but qu’il juge impossible à atteindre, se disant que le temps lui ouvrira les yeux sur l’aspect insurmontable de la tâche, et qu’il saura, dès lors, employer son intelligence à des ambitions plus rationnelles.En second lieu, ils rendent visite à Louis-Mathieu de Langlès, l’un des fondateurs de l’Ecole Spéciale des langues orientales vivantes, créée en 1795, sous la Convention. Ayant rédigé un lexique Mandchou et tout accaparé par l’enseignement des langues orientales vivantes, Langlès aimerait entraîner un sujet aussi doué pour les langues dans son domaine de prédilection, plutôt que de le voir perdre son temps dans une impossible quête.Champollion le jeune, dès que son frère s’en retourne à Grenoble, se sent triste, au point que la joie de rechercher son Graal ne peut contrebalancer ce sentiment, dont la cause principale est son attachement du moment pour Pauline Berriat, la belle-sœur de Figeac, plus âgée de six ans que Jean-François.Ayant soutenu Bonaparte lors de l’expédition, nombre de Coptes ont dû quitter leur Egypte natale, et s’en venir vivre à Paris. Champollion le jeune fréquente assidûment la communauté qui se retrouve chez Dom Raphaël. Saghîr continue de travailler son copte, à l’église Saint Roch, rue Saint-Honoré, avec un vicaire égyptien : Chiftichi.A Figeac, il écrit : « Tu me conseilles d’étudier l’inscription de la pierre de Rosette. C’est justement par là où je veux commencer. » L’abbé de Tersan, chose totalement inhabituelle pour cet érudit, lui confie des manuscrits d’arabe et de copte.« Je me livre entièrement au copte… Je suis si copte que pour m’amuser je traduis en copte tout ce qui me vient à la tête… C’est le vrai moyen de me mettre mon égyptien dans la tête. Après cela j’attaquerai les Papyrus et grâce à mon héroïque valeur, j’espère en venir à bout. J’ai déjà fait un grand pas. »Par les vertus de cette méthode, il pourra corroborer ses hypothèses sur les noms de lieux. Il a plus d’inclination pour l’enseignement du copte que pour les cours de l’Ecole des langues orientales, et écrit à son frère : « Je veux savoir l’Egyptien comme mon français, parce que sur cette langue sera basée mon grand travail sur les papyrus égyptiens. » http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/39168784243a42814e846e.jpg A Jacques-Joseph qui, s’inquiétant de le voir s’égarer loin de la stèle de Rosette, lui a fait une remarque sur ses recherches étymologiques, il répond : « Cela ne m’empêchera pas d’étudier mon Antiquité par les langues et les rapports d’un peuple à un autre, d’aimer les étymologies. » Sa voie lui apparaît avec une netteté qui laisse pantois, lorsqu'on songe qu’il n’a que 18 ans, et il pose ainsi la pierre blanche de l’approche qu’il développera jusqu’à sa mort. Saghîr noue de nombreuses relations avec des personnalités venues d’horizons divers, mais qui peuvent toutes apporter une pierre à son édifice. Il a pris pension chez Faujas, professeur de sciences naturelles, dauphinois installé à Paris.Edme François Jomard est né à Versailles en 1777. Vingt ans plus tard, sortant de l’Ecole Polytechnique, cet ingénieur géographe est un brillant élève de Monge et Berthollet ; c’est ainsi qu’il s’embarque à 21 ans pour l’Egypte, faisant partie de la commission scientifique.Il est l’un des 36 membres de la commission des Arts et Lettres qui forment l’Institut d’Egypte de 1799 à 1801, pendant qu’il mesurera les Grandes Pyramides, entre autres monuments, et se verra attaché le titre d’archéologue. A son retour à Paris, il travaille à la Description de l’Egypte, dont Fourier rédige la préface.Il entame des recherches sur les lieux de l’Egypte ancienne à partir des noms arabes actuels. Il a rédigé des Remarques sur les signes numériques et un Essai d’explication d’un tableau astronomique, dans la Description. A propos des hiéroglyphes, Jomard constate que beaucoup ont essayé de traduire les hiéroglyphes, sans jamais en avoir vu, et ont bâti des règles très souples, obéissant au sens qu’ils voulaient leur donner. « En un mot, on prétendait expliquer une écriture dont les signes mêmes restaient inconnus, et l’on commençait par où il fallait finir. » http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/106675733943a4269337573.jpgMeuble Morel contenant la description de l'Egypte Il s’est bâti une sérieuse réputation au sein de la Commission d'Egypte et n’a que trente ans, lorsque Jean-François Champollion débarque à Paris en septembre 1807, après avoir lu, le 17 juin, à l’Académie des sciences et des Arts de Grenoble son Essai de description géographique de l’Egypte avant la conquête de Cambyse. Jomard a 30 ans à peine, et ce jeune prodige lui fait de l’ombre et c’est en termes de rivalité que vont s’établir les rapports entre les deux hommes. De plus, rien n'indique que le succès pourra couronner les efforts de son cadet qui n'a pas bu l'eau du Nil.Il semble bien loin le temps où Jomard écrivait, à propos des hiéroglyphes et des signes numériques des anciens Egyptiens, dans le tome neuvième de la Description de l’Egypte, à la page 76 : « J’ai cru devoir m’attacher d’abord à trouver un fil qui pût me diriger à travers ce dédale ; s’il ne me conduit pas au but, je me plairai à le remettre dans une main plus habile. »     Champollion a commis un crime de lèse-majesté, en écrivant à propos d’un domaine dont Jomard croit avoir l’exclusivité : ce provincial, qui n’a jamais quitté la France, n’a-t-il pas abordé la géographie de la terre des pharaons dans son Essai ? Le polytechnicien sait très bien que l’histoire ne retient que le nom du premier, laissant croupir celui du second dans la poussière des archives pour chercheurs avertis.L’accueil réservé au jeune homme par la plupart des membres de la Commission d’Egypte, et les différences de points de vue, sur la question des hiéroglyphes, feront que Jean-François se détournera d’elle, n’ayant rien à en attendre. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/122998921543a42c11e20c7.jpg Saghîr recopie des papyrus à la Bibliothèque Impériale. Les relations avec son maître, - surnommé l’Anglais -, se détérioreront rapidement, car il reproche au professeur d’être trop imbu de lui-même, parfait prototype du parvenu. Il n’en va pas de même avec Silvestre de Sacy qui lui apparaît, pour le moment, comme un savant illustre qui a su rester modeste. Par ailleurs, l’Ecole spéciale des langues orientales vivantes lui a permis de retrouver Dom Raphaël de Monachis qui y enseigne l’arabe depuis 1803.En 1808, Langlès lui refuse un certificat d’études, tandis que son état de santé se détériore, le climat de la capitale l’insupportant, depuis qu’en Isère, à la suite d’une très longue marche, il avait absorbé de l’eau glacée, ce qui le fit souffrir épisodiquement, par la suite, d’accès de fièvre et de quinte de toux. « L’air de Paris me mine, je crache comme un enragé et je perds ma vigueur. Ce pays-ci est horrible. On a toujours les pieds mouillés. Des fleuves de boue (sans exagération) courent dans les rues… »Saghîr fréquente les Orientaux de Paris, au contact desquels il parfait sa maîtrise de l’arabe, tandis que les collectionneurs lui permettent d’examiner en détail les documents en leur possession, qu’il recopie et met en fiches méthodiquement.Etudiant la partie cursive de la pierre de Rosette, il trouve la valeur hiéroglyphique exacte d’un bon nombre de lettres de notre alphabet. Ses travaux rejoignent, pour une grande part, ceux d'Ackerblad. Dès l’automne 1808, Champollion le jeune constate la suppression de la voyelle médiane, dans sa Grammaire égyptienne du dialecte thébaïque, et pense qu’il en était de même pour l’égyptien ancien. Sans qu’il y paraisse, il vient d’atteindre une étape qui, par la suite, va s’avérer décisive.Pendant ses vacances, en juillet 1808, avec Léon Jean-Joseph Dubois, il prend des empreintes d’un fragment d’obélisque. Dubois l’initiera à l’art et à l’architecture antique. Son aîné lui reproche, cependant, de se lancer dans de nombreuses directions à la fois et d’en oublier l’essentiel. Les reproches de Figeac sont en partie justifiés, mais le fait de s’intéresser à l’architecture et à l’art antique, est fort bien vu de la part de son jeune frère, puisque les techniques artistiques et les textes sont indissociables dans une fresque, et cette connaissance permettra plus tard de dater un monument d’une époque, d’un simple regard. A cette époque que Jean-François avoue que sa flamme pour Pauline n’était rien qu’une profonde amitié. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/20906100443a42cdb2a8ec.jpgFourier, dans mémoires de Villiers du Terrage Il serait le plus heureux des hommes si ses finances étaient meilleures et, surtout, s’il n’était menacé en permanence par l’épée de Damoclès de la conscription. Langlès, estimant son persan remarquable, l’a proposé pour un poste de consul en Perse, ce qui aurait ravi nombre d’étudiants, sauf le Dauphinois. Jean-François alerte aussitôt Jacques-Joseph, ainsi que Fourier. Le danger est temporairement écarté, mais Langlès ne pardonnera jamais ce qu’il considérera comme un affront. En 1809, il est à nouveau menacé par la conscription et Jacques-Joseph le délivre définitivement de cette menace.Il rencontre l’helléniste Antoine-Jean Letronne, de la même génération que lui. Ayant achevé son Etude de la religion et de l’histoire d’Egypte, il souhaiterait publier ses écrits, lorsque Recherches critiques et historiques sur la langue et la littérature d’Egypte est imprimé.Son auteur, Etienne Quatremère, va devenir un adversaire que longtemps on lui opposera, et que la communauté savante lui préférera pendant des années, parce qu’il aura l’audace de publier, avant d’avoir longuement vérifié ses hypothèses, et paraîtra, de ce fait, plus vif. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/81102186343a42e997bee6.jpgPlanche sur un mémoire de Letronne sur les colosses de Memnon Il revient dans la capitale dauphinoise, où Augustin Thévenet, son ami de toujours, est là pour l’accueillir. En attendant de se faire une situation, il poursuit des recherches. « Enfin je perscrute toujours l’inscription de Rosette, mais sans notables succès », confie-t-il à Figeac.Un événement a lieu, en cette année : Lancret décède à son tour, et c’est Jomard qui se chargera désormais de la publication de la Description, mission dont il s’acquittera avec un certain bonheur.L’Université de Grenoble se crée, et Figeac y détient, le 23 novembre 1809, une chaire de littérature grecque, et a les fonctions de secrétaire général de la faculté des Lettres et de bibliothécaire-adjoint. L’aîné finit par faire nommer son cadet professeur suppléant d’histoire ancienne, à moins de 20 ans, le 26 mai de l’année suivante, date d’ouverture effective de l’Université qui, à peine née, risque de se voir fermer, en raison des mesures d’économie, que le gouvernement s’impose, tandis que de coûteuses pages d’histoire s’écrivent sous le règne de Napoléon 1er.  Si Napoléon souhaite des professeurs dociles, il risque fort d’être déçu par le jeune professeur car il enseigne : « Sophocle et Euripide, en reproduisant sur le théâtre les crimes des Atrides, se proposèrent, au rapport des Anciens, d’inspirer aux Grecs constitués en république la haine des rois et du gouvernement d’un seul. » La nomination de Jean-François, comme professeur suppléant, ne fait pas du tout le bonheur de ses anciens professeurs, amers d’être devancé par un élève. Certains reprochent ouvertement la nomination d’un tout jeune homme en lieu et place de vétérans blanchis sous la toge, et ne renonceront jamais à obtenir par l’intrigue, ce qu’il n’ont pu recueillir par leur maigre mérite.Aux vétérans s’ajouteront ceux que Jean-François remettra en place, au travers d’articles rétablissant la vérité historique ; il en sera ainsi d’un dénommé Ducoin qui, ayant affirmé, dans un écrit, avec la plus extrême légèreté, que les Arabes avaient brûlé la bibliothèque d’Alexandrie, se retrouvera gentiment mouché par le jeune professeur d’histoire. A cette époque, il est convaincu que le système hiéroglyphique est venu en dernier. Cette hypothèse serait de nature à justifier l’opinion de Silvestre de Sacy qui écrivit à Figeac que le projet de son cadet n’avait guère de chance d’aboutir. « Le succès dans ces sortes de recherches est plutôt l’effet d’une heureuse combinaison de circonstances que celui d’un travail opiniâtre qui met quelquefois dans le cas de prendre des illusions pour des réalités. » Autrement dit, l’intelligence du vénérable professeur du Collège Impérial n’ayant pu venir à bout de la pierre de Rosette, seule la chance peut contribuer à démêler ce que le savoir et l’expérience n’ont pu vaincre. En 1812, à propos des vases canopes, Jean-François suppose que les têtes représentées sur les couvercles sont celles de quatre génies symboliques, présidant à l’examen de l’âme devant le tribunal du dieu des Enfers.Fourier qui, après avoir fait siennes nombre des idées du jeune Champollion, a essuyé des reproches de l’aîné pour ne pas l’avoir cité, pour cette dernière raison s’est éloigné des deux frères. Il bloque, tout comme Silvestre de Sacy qui préfère l’hypothèse de Quatremère, la publication du manuscrit de Jean-François. Fourier, de son côté, reviendra à de meilleurs sentiments, par la suite, encourageant vivement à publier sans l’accord de Silvestre de Sacy. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/56843062643a4340d03b47.jpg Figeac était devenu le nouveau doyen et son cadet professeur d’histoire titulaire, après le décès de l’ancien doyen. Mais son traitement reste celui d’un suppléant. Une véritable machination s’est mise en place, destinée à empêcher le savant d’avancer à plus grands pas. Le 1er juillet 1813, Pauline Berriat décède à l’âge de 29 ans.L’horizon politique se bouche, suite à la retraite de Russie. L’Histoire va rejoindre Jean-François et lui causer des soucis et, si les deux frères assouvissent une passion commune, il ne partagent pas la même analyse de la situation politique. La nouvelle, venue de Fontainebleau, n’est pas de nature à rassurer Figeac.       Lire la suite...

06. Les Cent-Jours et les jour... publié le lundi 30 octobre 2006

Les Cent-Jours et les jours sanspar Jean-Pierre Lastrajoli © Le pays, en ce mois de janvier 1814, vit ce que l’on nommera ensuite la campagne de France. Le 4 du mois, les Autrichiens s’emparent de Montbéliard, tandis que le 11 voit les Russes à Haguenau. Les alliés occupent Dijon le 19. Napoléon remporte trois victoires successives en février. Wellington défait Soult à Orthez le 27. Les Autrichiens s’emparent de Lyon le 24 mars. Le 30 mars, les adversaires de l’Empereur entrent à Paris et le Sénat nomme un gouvernement provisoire le surlendemain. Adieux de Fontainebleau La déchéance de Napoléon est proclamée le 3 avril, tandis qu’il abdique le 4 en faveur de son fils, le roi de Rome. Deux jours après, il abdique sans condition. Napoléon fait ses adieux à la vieille garde à Fontainebleau. L’Empire est fini, commence l’époque de la Restauration. Le 3 mai voit l’entrée de Louis XVIII dans la capitale et la signature du traité de Paris, le 30 mai, réduit la France aux frontières de 1792. Napoléon est envoyé sur l’île d’Elbe, en face de la Corse.Grenoble est agitée comme toute la France par des soubresauts politiques. S’affrontent, dans le domaine des idées, les ultra-royalistes, les royalistes modérés, les nostalgiques de l’empire et les républicains. Les idées de Champollion le jeune sont du dernier groupe, et sa façon de les défendre lui vaudront le qualificatif de dauphinois endiablé de la part des ultra-royalistes. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/4025691043a4377a8138d.jpgL'Ile d'Elbe Ces évènements n'empêchent pas Champollion de continuer ses travaux. En mai 1814, il écrit : « Un hiéroglyphe seul, c’est-à-dire isolé, n’avait aucune valeur. Ils sont disposés par groupe. » Il s’en tient à un système purement syllabique. Dans le même temps, Figeac consent à dédier l’ouvrage de son cadet au Roi, tandis qu’il obtient la décoration du Lys de 1ère classe. Saghir réprouve par l’humour, notant que tous les compagnons d’Ulysse ont péri.Jean-François qui a bien avancé dans son déchiffrement de l’inscription démotique, ne voulant avancer aucune hypothèse qui ne soit dûment vérifiée, se fait devancer par Thomas Young, comme il le fit pour Quatremère, par excès de prudence, ce qui lui portera tort jusqu’à la fin de sa vie. Le mal qu'a eu Champollion a imposer ses idées provient en partie de sa trop grande rigueur scientifique. Il s'agit d'une homme qui aime n'avancer que ce qu'il tient pour démontré, ce que beaucoup prendront, à tort, pour un manque de maîtrise de son sujet. La marquise de Maillé donnera plus tard ce portrait qui est édifiant : "J'ai vu il y a quelques jours chez Mme de Montcalm, M. Champollion, le premier qui ait découvert le sens des hiéroglyphes et qui soit parvenu à en traduire quelques-uns. Cette belle découverte est encore dans l'enfance, mais M. Champollion est bien capable d'étendre la limite de sa découverte, car il n'est pas âgé et travailleur zélé et infatigable. Il est doux et modeste, s'exprime avec peu de facilité et ne sait pas soutenir l'éclat de ses travaux. Il est fort attaqué comme le sont tous ceux qui explorent les premiers une source brillante de célébrité et d'utilité."   Ouvert officiellement le 1er novembre 1814, le congrès de Vienne consacre les divergences des Alliés d’hier, dues à de féroces appétits en vue du partage de l’Europe. Louis XVIII envoie son ministre des Affaires étrangères, Talleyrand. Celui-ci se fait fort de rappeler que les Alliés sont là pour aider le Roi de France et non pour le spolier. « S’il y a encore des puissances alliées, je suis de trop ici. » Le 3 janvier 1815, l’Autriche, l’Angleterre et la France signent un traité secret, destiné à faire barrage aux appétits de la Prusse et de la Russie. « La coalition est dissoute, la France n’est plus isolée en Europe », rapporte-t-il à son souverain. Ce succès ne fera pas la première page des journaux, car une autre nouvelle l’occupe déjà.C’est un véritable coup de tonnerre qui retentit en ce 1er mars 1815, et tandis qu’on donne un bal chez Metternich, une nouvelle se répand : le Corse, après s’être évadé de l’île d’Elbe, a débarqué à Golfe-Juan. L’alliance des puissances que les partages divisent, se ressoude devant le danger. L’usurpateur est en train de remonter vers Paris, via Grenoble où se trouve une importante garnison.Une proclamation de l’Empereur revenant circule déjà : « foulez aux pieds la cocarde blanche, elle est le signe de la honte, venez vous ranger sous les drapeaux de votre chef… L’aigle volera de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre-Dame. » http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/202484584043a43f94f27e1.jpgRetour de l'île d'Elbe Napoléon passe effectivement par Grenoble, où le général La Bédoyère, chargé de l’arrêter, le rejoint. L’Empereur rencontre les deux frères Champollion, produisant une forte impression à l’aîné. Ce dernier obtient la promesse de publier les grammaires coptes du cadet à Paris, et la grâce de Fourier. Jacques Joseph suit le revenant, et le jeune son aîné.   De gauche à droite : La Bédoyère, Ney et Lavalette (Coll. Bibl. mun. de Grenoble) Le 10 mars à Lyon, à Auxerre le 18, où le maréchal Ney se joint à Napoléon qu’il était censé ramener dans une cage en fer, ce qui lui vaudra la mort après Waterloo. On va bientôt apprendre que Louis XVIII a quitté Paris pour Gand dans la nuit du 19 au 20.Le 31 mai, par le traité de Vienne, les Alliés déclarent Napoléon hors la loi. Le nouveau règne de l’Empereur va durer le temps d’un printemps. En dépit des messages que Napoléon fait passer par ses diplomates, la guerre semble inévitable tandis que Marie-Louise et l’Aiglon ne reviennent pas. En Belgique, Wellington conduit 100.000 Anglais et Blücher est à la tête de 150.000 Prussiens. Napoléon ne veut pas que la jonction des deux armées s’opère et sans doute craint-il la venue prochaine des Russes et des Autrichiens. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/71990287343a4405ccd657.jpgWellington Aussi, à la tête des 125.000 hommes qui l’attendaient à la frontière belge, il franchit celle-ci le 16 juin, ayany laissé 10.000 hommes, commandés par le général Lamarque, afin de combattre en Vendée. Si les Prussiens doivent se replier de Ligny sur Wavre, Ney a échoué dans la mission que lui a confiée l’empereur, et les Hollandais de Wellington ont pu renforcer leurs positions. Grouchy a reçu l’ordre de ne pas marcher au canon et il l’exécute de manière trop zélée, si bien que les Prussiens de Bülow obligent Napoléon à les contenir, alors qu’il songeait à pénétrer les lignes anglaises.     Une seconde vague de Prussiens arrive, sous les ordres de Blücher, et consacre la défaite de Napoléon à Waterloo. Blücher, au soir de ce 18 juin (tous les 18 juin n’ont pas la même saveur), retrouve Wellington, près de Belle-Alliance et s’écrie : « Mein lieber Kamerad, quelle affaire ! ».   Blücher Napoléon est à Paris le 21 juin, en conseil avec ses ministres. Le 22 juin, Napoléon renonce à un coup de force et abdique en faveur de Napoléon II, roi de Rome, sachant pertinemment que cette clause sera suivie du même effet qu’en 1814. L'Empereur apprend la victoire de Lamarque en Vendée : "[...] le général Lamarque que j'y avais envoyé au fort de la crise, y fit des merveilles et surpassa mes espérances."   Fouché, Carnot, entre autres, forment une commission de gouvernement qui signe une convention avec Blücher qui marche sur Paris. C’est la capitulation et les Alliés vont occuper la France. Fouché et Carnot conseillent à Napoléon de s’éloigner de Paris et de s’embarquer pour le Nouveau Monde.Après avoir hésité entre un embarquement clandestin et la reddition aux Anglais, le Corse se rend et le Bellérophon (ce navire était en perdition à Aboukir et avait amené son pavillon, mais Villeneuve l’avait laissé échappé) arrive en Angleterre le 3 juillet ; là, il apprend que, en dépit des lois anglaises, il va être déporté sur un îlot de l’Atlantique, dans l’hémisphère sud. Napoléon à bord du Bellérophon Le 7 août, le Northumberland appareille pour la dernière destination de l’empereur, - du moins de son vivant -, qui débarque à Sainte Hélène le 16 octobre. Le maréchal Berthier qui n’a pas pris le parti de l’empereur, mais s’est retiré dans son château, durant cette période, fait une chute inexpliquée depuis une fenêtre et en meurt. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/83256277243a442f459414.jpgLe maréchal Ney Pour une bonne partie des partisans de Napoléon, tout comme pour les républicains, la seconde restauration va avoir un goût amer. Tout d’abord, la France est occupée par près de 1.200.000 soldats étrangers, pillant les campagnes. Blücher sera un commandant terrible, tandis que les Russes se défoulent de n’avoir pu participer à la grande bataille. Les royalistes, que les Cent-Jours ont effrayés, vont déchaîner une Terreur Blanche, particulièrement dans le Sud de la France. Des Mamelouks de la Garde impériale sont massacrés à Marseille, ainsi que des jacobins. La classe politique songe que, pour calmer cette terreur incontrôlable, il faut organiser une terreur d’état. Les 57 complices du retour de l’usurpateur sont proscrits. Les généraux Faucher et La Bédoyère sont fusillés, de même que le maréchal Ney. La Valette, échangeant ses vêtements et sa place avec sa femme, Emilie-Louise, nièce de Joséphine de Beauharnais, la veille de son exécution, réussit à s’enfuir pour la Belgique. Assassinat du maréchal Brune Les deux ouvrages de Champollion le jeune, recommandés par Napoléon, fidèle à sa promesse, ont bénéficié de l’appui du secrétaire général perpétuel Dacier, mais sont rejetés par les illustres Silvestre de Sacy et Langlès, en juillet 1815. Dans le même temps, Figeac va cacher le général Drouet d’Erlon, qui a pour mission de prendre le commandement d’une insurrection armée. Drouet partira à la fin de l’hiver.En novembre les facultés sont fermées et les deux frères se retrouvent sans situation, tandis que, début 1816, son cadet fonde, avec le juriste Rey, une société secrète et républicaine, l’Union Libérale.Dans son rapport envoyé directement à Decazes, sans passer par le préfet, le nouveau chef de la police, le comte de Bastard écrit : « Ces hommes dangereux, tels que Champoléon, Proby, Boissonnet, ont tous joué un rôle principal dans les cent jours de l’usurpation ».Les deux frères sont confondus par la police, du moins au niveau des idées politiques, au point que le commissaire mentionne le sieur Champollion, sans indiquer celui dont il est question - Figeac admire Napoléon, tandis que Saghîr est républicain ; mais la différence est sans importance sous la Restauration -, et se retrouvent tous deux proscrits en mars 1816. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/173185373543a4498eedfb9.jpgChateaubriand « Depuis longtemps, les frères Champollion étaient désignés par l’opinion générale comme ennemis du gouvernement, d’autant plus à craindre qu’ils réunissent beaucoup d’hypocrisie à beaucoup de talent, d’esprit et de connaissances. M. le Préfet leur a ordonné de se rendre à Figeac. »Beaucoup de personnalités interviennent en faveur des deux frères : les amis et soutiens de toujours, mais aussi Jomard, Quatremère et Langlès se proposent d’en faire autant. Seul Silvestre de Sacy refusera de bouger un seul petit doigt. Le sieur Ducoin remplace Figeac à la bibliothèque de Grenoble.Les deux Champollion retrouvent la maison familiale, tenue par Marie, leur jeune sœur, tandis que Thérèse s’occupe de la librairie, que le père a délaissé depuis la mort de son épouse.Un échange de courrier entre Figeac et Augustin Thévenet révèle que les manuscrits de ce dernier sont restés à Grenoble, pendant leur exil. Jean-François va préparer l’ouverture d’une école élémentaire d’enseignement mutuel, selon la méthode de Lancaster (école dite à la Lancastre).Le second traité de Paris, soustrayant un bon nombre des places françaises aux frontières de l’Est et du Nord, rend Annecy et Chambéry au duché de Savoie. La France a perdu ainsi 500.000 habitants et contribuables, tandis qu’elle doit payer en cinq ans la somme de 700 millions, soient 140 millions de francs par an.En mai 1816, Jean-Paul Didier, un avocat grenoblois bonapartiste, puis orléaniste, aidé des demi-soldes, voit son complot découvert et il s'enfuit vers le Piémont qui finira par le remettre au gouvernement français. Il sera exécuté la même année. Les Ultras dénoncent la trop grande clémence du roi qui a rendu possible cette situation. Pour en finir avec cette assemblée ingouvernable, le Roi prononce sa dissolution et la nouvelle majorité qui sort des urnes est plus modérée.Joseph Fourier qui a été élu à l’Académie des sciences, voit son élection annulée par Louis XVIII, sous la pression des Ultras. Il sera réélu l’année suivante et nommé secrétaire perpétuel pour les sciences mathématiques. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/13677328143a44a86d6d66.jpgEnseignement mutuel, écolde dite à la Lancastre A Figeac, nous l'avons vu, afin de lutter contre l’inaction, Jean-François et son aîné ont monté une école à la Lancastre, depuis 1815. Les deux frères font partie d’une société pour l’encouragement de l’enseignement élémentaire. Cette société a été créée à l’instigation de Jomard, dont on s’est souvent plu à souligner les défauts et les intrigues, sans en montrer les bons aspects qui permettraient d’appréhender le personnage dans sa complexité. La Lancastre est une école où les élèves échangent leur savoir, guidés par un maître. Les autorités locales refusent que cette école puisse ouvrir ses portes à Figeac.Le frère de l’historien Auguste Ducoin, le sieur Amédée Ducoin, dont Saghîr avait éteint l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie, a été nommé officiellement… bibliothécaire à titre provisoire à Grenoble, tandis que le poste d’assistant a été pur et simplement supprimé, ce qui devrait empêcher tout retour des frères Champollion à Grenoble. Ducoin a accusé Figeac d’avoir soustrait des livres à la bibliothèque pour les vendre à des particuliers. Cette attaque surviendra au moment où Figeac s’apprêtait à revenir à Grenoble, alors que le provisoire s’inquiètait du retour du titulaire. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/97357924143b46779c11d9.jpgRosine Blanc Quelques mois auparavant, Jean-François s’est fiancé avec Rosine Blanc, une cousine de Zoé Berriat, sa belle-sœur, et le père Blanc, ayant toujours vu ce mariage d’un mauvais œil, profite du manque d’avenir du fiancé pour rompre les fiançailles, sans prendre de gants, ce qui est le comble pour un gantier.En dépit de ce procédé peu élégant, les fiancés continueront de s’écrire en cachette, très certainement grâce à Zoé Champollion-Figeac. L’époux de celle-ci est autorisé à rentrer à Grenoble ; il refuse cette mesure de clémence, étant donné qu’il resterait sous surveillance. Zoé, qui estime son beau-frère, fait des pieds et des mains pour qu’il puisse lui aussi revenir en Isère. Les courriers entre Rosine et Jean-François s’espacent néanmoins.Le père Champollion, ayant fortement entamé l’héritage maternel, malgré les dispositions du nouveau Code Civil, et ayant donc dilapidé une partie de l’héritage de ses enfants, des créanciers à qui il devait de l’argent menacent de saisir les biens familiaux et de jeter les sœurs à la rue. Figeac, parti pour Paris, suite à la suppression des surveillances (loi sur les libertés individuelles), c’est Jean-François qui défend les intérêts de la famille. Il lui faudra passer par devant notaire afin de protéger ses sœurs. Le premier danger écarté, Saghir peut se consacrer à l’ouverture de l’école Lancastre, avec un professeur venu de Paris. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/105892513443a44e7b4ee95.jpgLouis XVIII En août 1817, Augustin Thévenet lui a fait parvenir en cachette une partie des précieux documents restés à Grenoble, d’autant que l’on veut otenir la clé du cabinet, et Champollion le jeune peut reprendre ses études sur la pierre de Rosette. A Paris, Figeac essaie d’obtenir de la Commission la gravure de la pierre trilingue, car la reproduction anglaise est loin d’être parfaite. Jomard s’y oppose.Cependant, ce dernier est ravi d'apprendre que les deux frères peuvent à nouveau circuler librement. Seul le nouveau baron, Silvestre de Sacy, reste muet, alors que Jean-François est sans revenus. Saghîr confie :  « Le titre de son élève que je porte ne me dispense pas de payer le tribut qu’un simple roturier doit à un baron, quelque nouvel éclos qu’il soit d’ailleurs. » Champollion le jeune revient à Grenoble en octobre 1817. Le nouveau préfet, Choppin d’Arnouville, après une rencontre, l’invite souvent chez lui, afin qu’il prodigue ses conseils à son fils étudiant le grec. Le préfet manifestant publiquement son estime pour le jeune Champollion, le père de Rosine Blanc revient sur sa décision de rompre les fiançailles.Saghîr parvient à ouvrir une école à Grenoble en janvier 1818, des donateurs, adhérant à ses idées, ayant réunis la somme de 1.000 écus, ce qui lui permet de louer une salle pour 250 élèves. Jean-François, cette fois-ci, décide de former lui-même le professeur, plutôt que le faire venir de Paris.Cette implication de Saghîr sera préjudiciable pour ses travaux. L’établissement scolaire est rapidement apprécié et compte rapidement 300 élèves. En mars 1818. Jean-François ouvre une école latine, forte de 32 élèves. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/21037392743a451a0b8dba.jpgJomard Cette même année voit Edme François Jomard élu à l’Académie des Inscriptions et des Belles Lettres. A Turin, le comte Balbo propose une chaire d’histoire et de langues anciennes au jeune Champollion. Malgré les bonnes conditions de travail et un traitement fort intéressant, Champollion le jeune décide de rester en Dauphiné.Son frère lui a proposé de venir dans la capitale, mais il n’aime pas les ronds de jambe. « Notre manière d’envisager les choses est bien différente, tu vois du positif dans la vie et moi, philosophe oriental renforcé, je n’y trouve que des apparences ; de là vient que je place naturellement au rang de mes réalités ce que tu regardes comme des illusions... »En juin 1818, Jollois, de la Commission, lui fait parvenir une copie de la pierre de Rosette. Le 19 août, il présente un mémoire à l’Académie delphinoise : Quelques hiéroglyphes de la pierre de Rosette. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/11121245543a452c015747.jpgJollois Cette même année, le ministre des finances, le comte Louis-Emmanuel Corvetto, en souscrivant des emprunts, rembourse par anticipation les contributions de guerre de la France aux Alliés. Ces emprunts auront de lourdes conséquences pour les collections Egyptiennes en France. Les troupes des Alliés quittent le pays le 30 novembre, au grand soulagement des populations. Richelieu est étrangement remercié puisqu’il est remplacé par Decazes, le ministre de l’Intérieur. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/48585405243a4542a83a9b.jpgDecazes   Jean-François se marie avec Rosine le 30 décembre. Cette union a résolu ses problèmes financiers. Attaqué par ces damnées soutanes qui n’acceptent pas le succès de ses écoles, où l’on ouvre l’esprit des jeunes, il est une nouvelle fois soutenu par le préfet et réussit à faire réobtenir son poste de bibliothécaire à Figeac. L’aîné souhaitant se consacrer à la publication d’un ouvrage, Jean-François abandonne son école latine, qui représentait sa principale source de revenus, et remplit sa fonction. A cette occasion, il reçoit un livre en donation de M. Beyle, autrement dit Stendhal.L’année 1819, Decazes recentre sa politique… vers les Ultras, dont une mesure sera le départ du préfet Choppin d’Arnouville. Il est remplacé par le baron d’Haussez, dont le seul surnom laisse présager des jours sombres pour l’Isère : le messie des Ultras.Tel le chat qui a fait semblant de dormir, afin de mieux savoir par où passent les souris, il endort les méfiances, puis va mener une implacable lutte. Sa devise suffit à elle seule à résumer sa politique : Tout pour le peuple, rien par le peuple.L’abominable d’Haussez, ouvrant colis et courriers, Jean-François en tombe malade et doit garder le lit. Saghîr rejette la présence d’Arsinoé dans le texte de la stèle de Rosette. « Je plains en conscience les malheureux voyageurs anglais en Egypte obligés de traduire les inscriptions à Thèbes, le passe-partout du Dr Young à la main. » http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/190691896043a4565c77520.jpgLes Ultras ou la contre-révolution Revenu à Grenoble, dès la fin octobre 1820, Figeac peut occuper son poste de bibliothécaire. Le 3 mars 1821, l’autorité profite pour ôter à Jean-François, à titre provisoire, sa chaire d’histoire si mal rémunérée. « Ce sont mes études égyptiennes qui y gagneront. »Augustin Thèvenet annonce à son frère, Louis, la rumeur de la destitution de Louis XVIII ; une insurrection a lieu ce 20 mars. Champollion le jeune assiste certainement à ces évènements, mais a la malheureuse idée de disparaître dans l’après-midi du 21, pour raison de santé, certain qu’on va lui coller tout cela sur le dos.   Le fort Rabot Des républicains, parmi lesquels le fils de l’ancien maire, ainsi que des nostalgiques de l’Empire, ont investi le fort Rabot. Les sentinelles, maîtrisées et les autres soldats enfermés dans les écuries, on a  remplacé le drapeau blanc à fleur de lys par le drapeau tricolore.D’Haussez écrit : « On pense avec quelque raison que le sieur Champollion le Jeune, bibliothécaire adjoint, dont les opinions sont détestables, n’est pas étranger à ces menées. » Le maréchal-duc de Bellune, enquêtant sur ce forfait, est vite convaincu que Champollion n’est pas le démon que l’on dépeint. Le procès civil le laisse sortir libre, mais Ducoin obtient enfin son poste de bibliothécaire et Figeac rejoint Paris.Auparavant, une nouvelle est tombée : Napoléon est mort à Sainte Hélène, le 5 mai. Un autre personnage est mort, plus modeste aux regard de l’Histoire : Jacques Champollion, le père, a rendu l’âme. http://forumegypte.free.fr/ahmosis/archives/114395845343a460d6b44f9.jpg Une école libre et gratuite a ouvert ses portes en juillet 1821 à Grenoble. Cette nouvelle est un baume pour l’âme de l’homme épuisé quittant la capitale dauphinoise, où il doit laisser son épouse et sa belle-sœur, mais accompagné de son neveu Ali.Après une halte de deux jours à Lyon, où il examine des papyrus, ce qui a le don de lui sortir les tracasseries du baron d’Haussez de la tête, le voilà rendu au but qu’il s’était fixé et auquel il compte bien se consacrer sans partage. A présent, ses études vont pouvoir prendre un tour nouveau.       Lire la suite...

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